Une des erreurs souvent commises par les amateurs est de se compliquer la vie en tentant d’intercepter le roi de la forêt lors d’une période moins productive.
« Assurez-vous que votre séjour de chasse se situe entre le 15 septembre et le 10 octobre, afin de profiter de la vulnérabilité des mâles pendant la saison du rut. Cela vous forcera peut-être à opter pour l’arbalète ou l’arc, mais au moins, vous serez dans le meilleur temps de l’année », explique avec insistance Michel Breton.
Un pro
Michel Breton chasse depuis plus de quatre décennies. Au cours de sa carrière de guide, il a aidé des clients de partout au Québec à prélever plus de 150 cervidés. Ce formateur et producteur de vocalises, de DVD, de vidéos, etc., ayant réellement révolutionné les façons de chasser, lancera sous peu sa chaîne privée sur la chasse à l’orignal et il assure que ses enseignements vont transformer vos approches. Je me suis longuement entretenu avec ce passionné et j’ai pu prendre bonne note de certains de ses conseils. En voici un résumé :
Tôt en septembre
À ce temps de l’année, ce sera la période du pré-rut. Il faut savoir et comprendre que le rut n’est, en fait, qu’une montée de testostérone chez le mâle qui lui donne envie de se reproduire. Chez les bêtes matures, âgées de 3 1⁄2 ans et plus, les montées de testostérone seront beaucoup plus intenses que pour les jeunes prétendants. Il se produit alors une sélection naturelle, voulant que les spécimens dans la fleur de l’âge se reproduisent afin que l’espèce reste forte et la génétique très bonne. Ce seront les bucks de 4 à 8 ans qui auront les montées de testostérone les plus intenses. Les femelles seront beaucoup plus attirées par ces mâles. Instinctivement, elles veulent engendrer un ou des veaux avec le meilleur géniteur du secteur.
Fin août, début septembre
À cette période, les panaches des mâles sont encore recouverts de velours et ils sont sensibles. C’est pour cette raison que leurs activités sont plutôt limitées. Les premières montées de testostérone feront chuter le velours et cette perte, non seulement soulagera, mais rendra également les bois insensibles. Les bucks, surtout les plus gros, vont frotter intensément leurs panaches pour enlever ce qui reste de velours et pour évacuer un certain trop-plein d’agressivité. Résultat : Ils pourront enfin se servir de leur panache comme d’une arme. Sachant que la période d’ovulation se produira dans environ trois semaines, si deux mâles se rencontrent d’ici là, ils se mesureront et peut-être même s’accrocheront sans être trop agressifs. La hiérarchie s’installera graduellement et, si deux prétendants sont du même calibre, les combats auront lieu pour gagner le cœur des femelles.
Bouffe
Côté nourriture, les orignaux rechercheront des protéines pour se faire des réserves de gras en prévision de l’hiver. Les feuilles vertes feront partie de leur menu principal et elles seront plus nutritives dans les bûchers ou autres perturbations. Les arbres doivent cependant être assez hauts pour les sécuriser, soit environ 6 pi de hauteur, minimum, jusqu’à 12 à 15 pieds. Il faut y être très tôt le matin et chasser jusqu’à la dernière minute légale en fin de journée. C’est souvent dans la première et la dernière demi-heure que ces endroits seront les plus fréquentés en temps légal. « Pour ce qui est de la technique, j’aime imiter la femelle en œstrus, suivie d’un mâle, tout en me déplaçant. Je vais toutefois couper la vitesse de moitié, comparativement à lorsque je chasse pendant le rut. Je me déplacerai à une vitesse d’environ 400 à 500 m à l’heure. Comme ce temps de l’année est propice à la détermination de la hiérarchie, je vais plus y aller pour la provocation que la séduction. Jusqu’au 18-20 septembre, je lance plus d’appels de mâle que de femelle », explique celui qui s’est donné comme défi de prélever un gros mâle par an, près des centres urbains, au cours des cinq prochaines années.
Dans le rut
Aux alentours du 20 septembre, le rut commence à s’intensifier chez les mâles et la recherche de femelles sera leur principale préoccupation. Ils courtiseront les reproductrices qui seront les plus près de l’ovulation. Plusieurs facteurs influenceront alors le comportement des cervidés ; la densité d’orignaux, le ratio mâle/femelle, la pression de chasse et la qualité de l’habitat. Le pic du rut se déroulera approximativement du 24-25 jusqu’au 28-30 septembre. C’est dans cette période où les mâles matures éprouveront des envies très intenses de se reproduire. Selon le ratio mâle/femelle, les bucks peuvent cesser de se nourrir presque totalement pendant quelques jours et perdre jusqu’à 15 ou 20 % de leur poids. Dans un ratio déséquilibré, ce qui est souvent le cas sur les terres publiques, le nombre de femelles, assez élevé pour un mâle, fera diminuer l’intensité du rut.
À rechercher
Si votre séjour de chasse commence lorsque les feuilles viennent de jaunir, les forêts mixtes seront à préconiser. Sinon, le meilleur signe que l’on peut trouver à ce temps de l’année est une souille qui sent l’urine de mâle mature. L’odeur de cette urine attire et stimule les femelles. Les bucks matures feront des souilles tout le temps du rut, mais ils ne peuvent pas en produire en quantité industrielle. Comme l’odeur de cette urine stimule les femelles, le mâle creuse un trou dans la terre, puis il urine et patauge pour s’imbiber de son odeur tant recherchée, qu’il transportera lors de ses déplacements. Si vous trouvez une souille qui a cette odeur de prétendant en rut, normalement, ce dernier sera à portée d’appel. S’il n’y est pas, c’est peut-être dû à une mauvaise température qui nuit à vous faire entendre ou encore que le mâle est déjà derrière une femelle, à la talonner dans le but de s’accoupler. « Par expérience, je peux vous dire que si vous trouvez une souille qui sent l’urine, les trois quarts du temps, le buck vous répondra », assure le spécialiste. Pour ce qui est de la technique, comme le rut est assez intense, Michel se déplace à une vitesse d’environ 1 km/h, tout en alternant les appels de mâle et de femelle. Il peut imiter la femelle sur environ 40 pi, puis écouter 15-20 secondes, dans le but d’entendre une réplique. Par la suite, il commence les calls de mâle en se déplaçant encore sur environ 40 pi et, ensuite, il écoute de 30 à 45 secondes, et ainsi de suite.
Le post-rut
C’est vraiment le calme après la tempête, car près de 80 % des femelles auront été fécondées. Les mâles sauront reconnaître les reproductrices non fécondées en les reniflant pour détecter leur taux de progestérone. Si c’est le cas, le roi de la forêt restera avec elle jusqu’à sa prochaine ovulation, qui se produira normalement de 24 à 28 jours suivant la première. Il peut même y avoir une troisième, quatrième et cinquième ovulation. Dans de très rares cas, une femelle peut être fécondée en décembre. Tant et aussi longtemps qu’un mâle a ses bois, il peut se reproduire. Toutefois, quand il n’a plus de testostérone, il perd ses bois. Après le 12-15 octobre, Michel Breton retourne à une technique plus lente, en se déplaçant à 400 ou 500 m/h. La provocation est alors moins de mise et il faut émettre plus d’appels de femelle que de mâle. Les orignaux sont, à ce moment, plus visibles en forêt mature en raison de l’absence de feuilles à cette période. Pour en savoir plus, [email protected] ou michelbretonguide.com.
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1 week ago
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