Marc Beaupré est de ces acteurs qu’on retrouve toujours avec plaisir à l’écran. Mais ce que bien des gens ignorent, c’est que derrière le comédien que tout le monde connaît se cache... un jumeau identique ! Il s’appelle Benoît et il vit loin des projecteurs. Nous nous sommes intéressés à cette relation singulière, qui pique la curiosité de plus d’un.
Marc, parle-moi de Benoît, ton jumeau identique.
Benoît et moi sommes nés le 24 juin 1976. Il travaille en postproduction sonore. Nous évoluons dans le même domaine, mais moi devant la caméra et lui derrière. Son travail est fait pour qu’on l’oublie, alors que le mien me place à l’avant-plan. Sans conjointe ni enfant, il possède l’un des plus grands réseaux d’amis que je connaisse. C’est aussi un passionné de boxe. Je suis certain qu’il aurait eu un réel talent d’acteur s’il l’avait voulu. Beaucoup aimeraient nous voir jouer ensemble, mais je pense que me voir évoluer dans ce milieu lui a enlevé l’intérêt pour ce métier.
Êtes-vous toujours aussi soudés ?
Il nous est déjà arrivé de ne pas nous voir pendant un an lorsqu’il est parti vivre en France. C’était avant les téléphones intelligents et les réseaux sociaux. C’était long, mais ça se passait très bien. Même quand il n’est pas près de moi, je le connais tellement sous toutes ses coutures que je n’ai pas besoin de le voir pour savoir comment il va. Je décèle rapidement quand quelque chose ne va pas. Nous sommes très proches, même si nous ne passons pas tout notre temps ensemble. Nous avons aussi toujours eu une volonté de nous individualiser.
Avez-vous une connexion particulière, comme certains jumeaux identiques la décrivent ?
Oui, mais on n’est pas dans la télépathie non plus ! Je ne prétends pas toujours savoir comment il va, mais je crois le connaître suffisamment pour penser qu’il ne pourrait pas me cacher grand-chose. Mon frère est diabétique de type 1 depuis 26 ans. Au début, c’était plus difficile puisqu’il devait apprivoiser cette nouvelle réalité. Je me souviens d’une fois où j’ai appelé un de ses amis pour m’assurer qu’il allait bien. Son ami croyait qu’il faisait une sieste, mais j’avais le sentiment que quelque chose clochait. Finalement, il a dû appeler l’ambulance parce que mon frère était tout près du coma hypoglycémique. Aujourd’hui, je peux suivre son taux de sucre grâce à une application et j’ai accès à sa localisation. Comme ça, s’il ne peut pas me répondre, je sais où il est. Ça peut sembler excessif, mais je ne cherche pas à entrer dans sa vie privée, seulement à m’assurer qu’il va bien.
Comment a évolué votre lien depuis votre enfance ?
Nous avons toujours été proches sans ressentir le besoin d’être constamment ensemble et nous avons toujours eu nos propres amis. Avec le temps, nous nous sommes assagis et avons mis notre orgueil de côté, mais la volonté de nous distinguer l’un de l’autre a toujours été là. Je pense même qu’une partie de ce qui me définit comme artiste, ma singularité, vient de ma gémellité. J’ai longtemps ressenti le besoin de m’en affranchir. Cette indépendance vient aussi de notre éducation : ma mère ne voulait jamais qu’on soit dans les mêmes classes pour favoriser notre individualité. De notre côté, on évitait même de se retrouver pendant les récréations pour ne pas qu’on nous répète sans cesse qu’on était pareils.
As-tu une anecdote qui résume bien votre quotidien ?
J’ai tourné dans The Stunt Driver, qui sortira prochainement. J’y joue celui qui s’entraîne aux côtés de Ken Carter, interprété par Jay Baruchel, pour être capable le remplacer lors du fameux saut au-dessus du Saint-Laurent si besoin. Comme on dépendait beaucoup de la météo, certaines journées ont dû être déplacées. À un moment, une date reportée entrait en conflit avec un autre projet. On s’était entendus pour que j’arrive après mon autre journée, mais la veille, en discutant avec l’équipe, j’ai compris qu’ils cherchaient désespérement une doublure en fait. J’ai immédiatement pensé à mon frère, je l’ai appelé à la dernière minute et il a accepté. Une partie de l’équipe savait que ce n’était pas moi, mais plusieurs l’ignoraient. Ils ont passé des heures avec lui sans s’en rendre compte. (rires)
Comme tu es une personnalité connue, il doit arriver que les gens vous confondent dans la rue.
Il doit composer avec les conséquences de ma popularité sans l’avoir demandé. Depuis 25 ans, il hérite d’une notoriété qu’il n’a jamais choisie. Tous les jours, des gens le prennent pour moi. Au début, il rectifiait rapidement les faits. Aujourd’hui, il l’accepte davantage. Il arrive même que des connaissances me racontent, des années plus tard, qu’ils m’avaient trouvé très snob parce que je ne les avais pas salués dans la rue. En réalité, c’était mon frère, qui n’avait aucune idée de qui ils étaient. D’une certaine façon, je subis aussi les conséquences de ses réactions, ou de son absence de réaction. C’est assez particulier.
Avez-vous déjà discuté de l’impact que tu as, malgré toi, sur sa vie ?
Oui, et je me suis toujours excusé. Je suis désolé qu’il ait à vivre quelque chose qu’il n’a jamais choisi. Moi, j’ai toujours été à l’aise avec la notoriété, mais mon frère n’a rien demandé de tout ça et parfois, il se fait aborder. Moi ça me fait plaisir quand les gens viennent me parler dans la rue. Je reçois beaucoup d’amour du public et je me considère extrêmement privilégié, mais cet amour ne lui est pas destiné, même s’il doit parfois en gérer les conséquences sans bénéficier des aspects positifs du métier. C’est là que ça devient plus difficile.
Plusieurs ignorent encore que tu as un frère jumeau. Es-tu resté discret à ce sujet pour le protéger ?
Je n’ai jamais eu de problème à dire que j’ai un jumeau identique. Là où je suis plus prudent, c’est quand je parle de lui. Je me demande toujours s’il serait à l’aise avec ce que je dévoile. Notre relation est magnifique, quelque chose qui nous unit profondément, mais je ne suis pas seul à décider de ce qu’on partage publiquement. Il bénéficie déjà d’une certaine notoriété parce qu’il me ressemble. Je n’ai pas envie de lui imposer quoi que ce soit de plus.
Quelle importance a la famille dans ta vie ?
C’est central. J’ai un petit frère, mes parents sont toujours ensemble et ils sont en santé. Nous avons une famille très unie et sans grandes histoires. J’en suis fier, parce que je sais que ce n’est pas une réalité pour tout le monde. Mes plus belles valeurs, ma curiosité, mon respect des autres et mon côté sociable viennent directement de mes parents. D’un point de vue artistique, c’est presque un désavantage d’avoir une aussi belle famille, parce que je ne peux pas puiser dans de grands drames familiaux pour nourrir mes rôles ! (rires) Cela dit, nous avons le sang chaud. On aime débattre et le ton monte parfois assez vite, ce qui peut surprendre certaines personnes, mais on passe rapidement à autre chose.
Qu’est-ce qui te rend le plus fier de ton frère ?
Je suis très fier de voir à quel point il est épanoui. Il nourrit de nombreuses passions. C’est un grand amateur de canot-camping. Chaque été, il part presque tous les week-ends et adore initier les gens à cette activité, qu’ils soient expérimentés ou non. Il est aussi passionné de boxe et de cinéma d’horreur. Comme ma blonde n’aime pas ce genre de films, je lui demande souvent ses meilleures recommandations ou je les regarde avec lui. Mon frère est hors-norme à sa façon. Il est heureux, bien entouré et émotionnellement stable. Je le sens exactement à la bonne place dans sa vie.
Que dirais-tu que ton frère est le seul à comprendre de toi ?
Je n’ai pas besoin de parler pour qu’il sache exactement comment je me sens. Il pourrait me voir réagir à quelque chose à la télévision et comprendre ce qui se passe dans ma tête. Sinon, je dirais notre rapport à notre corps et à la séduction. Nous savons tous les deux que nous ne correspondons pas nécessairement aux modèles masculins traditionnels. Aujourd’hui, j’ai une famille, tandis que lui a vécu plusieurs relations, mais j’ai souvent été confronté à l’image que les gens projetaient sur moi. J’imagine qu’il a vécu quelque chose de semblable. Nous n’avons jamais vraiment pris le temps d’en discuter, mais ça a certainement influencé nos parcours respectifs.
En terminant, qu’est-ce qui s’en vient pour toi ?
Je reviens d’un séjour chez ma belle-famille à Québec et nous avons loué un chalet en Mauricie avec ma famille. Nous faisons ça depuis quelques années et, un jour, j’aimerais emmener tout le monde en voyage à l’étranger. Pour mes 50 ans, je suis parti dans le Sud avec mon frère, trois de mes meilleurs amis qui célébraient eux aussi cet anniversaire ainsi que nos familles. Nous avons souligné ça ensemble et c’était vraiment spécial. Je me suis également lancé dans la rénovation de mon sous-sol, ce qui occupe beaucoup de mon temps. Sinon, sur le plan professionnel, je commence bientôt les répétitions de la pièce 24 poses, présentée chez Duceppe en septembre, et nous entamerons également le tournage de la deuxième saison de Prescott.
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1 week ago
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