« Il me reste deux jours pour quitter les lieux » : des locataires dans le besoin du Vieux-Longueuil crient à l’injustice

3 hours ago 9

Des locataires et commerçants de l’immeuble abritant le Bazar du Vieux-Longueuil, qui sera démoli pour faire place à un projet immobilier, crient à l’injustice et dénoncent les pratiques malhonnêtes mises en œuvre par leur propriétaire pour les expulser.

« C’est une hostie de cauchemar. Vraiment, c’est un cauchemar. Tu ne le sais pas. Moi, dans deux jours, à chaque fois que tu vas sortir de chez toi, tu rentres chez nous. Je ne sais pas si tu me comprends, mais moi, je suis dans la rue », souffle Sylvain Gendron, le locataire qui occupe l’un des trois logements situés au deuxième étage de l’édifice du Vieux-Longueuil. 

Sylvain Gendron

Sylvain Gendron

La terre s’est dérobée sous ses pieds le 26 mai lorsqu’ il a reçu un avis d’éviction confirmant que l’immeuble dans lequel il habite depuis six ans sera réduit en poussière le 3 août. 

Le bâtiment fera place à un projet d’habitation multifamiliale de 99 unités locatives – avec une piscine et une salle d’entraînement extérieures. 

Le cofondateur du Bazar du Vieux-Longueuil, Jacques Longval, précise que le propriétaire lui a pourtant plusieurs fois répété qu’il l’aviserait six mois avant la date prévue de début des travaux afin de lui donner le temps de « se revirer de bord ». 

Jacques Longval

Jacques Longval

Ce délai a toutefois été réduit à un peu plus de deux mois le 26 mai, date à laquelle la ville de Longueuil a émis l’autorisation de démolition pour les 570, 574 et 580 rue Saint-Jean. 

Pour Sylvain Gendron, l’éviction à venir prend des proportions dramatiques. 

« Je me suis fait enlever deux orteils à cause du diabète et de la gangrène cette semaine. Comment tu veux que je déménage avec deux orteils en moins ? Je ne me retrouve devant rien, je ne sais pas où je vais aller », lance-t-il en pointant le bout de son pied récemment amputé. 

Les deux hommes martèlent n’avoir jamais signé de bail et n’avoir jamais reçu de compensation financière pour quitter les lieux. 

La loi est pourtant claire : une indemnité proportionnelle au temps d’occupation de l’espace ainsi qu’un délai de trois mois doivent être accordés aux locataires en cas d’éviction pour démolition. 

Le propriétaire connait la loi

« La loi n’est pas faite comme ça. Find. Mais les indemnités, ce sont les loyers à prix réduits que je leur chargeais et les breaks que je leur ai donnés quand ils n’étaient pas capables de payer », fait valoir le propriétaire Richard Bourbeau. 

Celui qui se décrit comme un agent immobilier indépendant sur LinkedIn a acquis la propriété de la rue Saint-Jean en 2021, selon le registre foncier. Et il avait déjà l’intention de la démolir. 

« Il n’y a rien sur ce terrain qui vaut la peine d’être gardé », souligne Richard Bourbeau. 

Le rapport d’expertise du Comité d’étude des demandes de démolition de Longueuil en arrive à la même conclusion : l’immeuble est désuet et en fin de vie utile. 

« Les locataires savaient depuis longtemps que ça allait être démoli. Je leur ai répété à maintes reprises que le loyer était fixé en fonction du fait qu’ils devraient partir rapidement. On avait une entente informelle », plaide le propriétaire. 

Il « regrette » aujourd’hui la générosité dont il a fait preuve à leur égard. 

« Mais pourquoi ils se plaignent ? Ça ne sert à rien d’être gentil. Je n’aurais jamais dû laisser ces gens occuper l’espace à rabais et à court terme. C’est mon erreur. Ces personnes étaient dans le besoin et j’ai voulu les aider », lance-t-il. 

Des loyers abordables, mais pour qui ?

Jacques Longval et Sylvain Gendron sont locataires de l’immeuble de la rue Saint-Jean depuis six ans. Le premier affirme qu’il payait 2750 $ par mois pour son local commercial et l’autre, 850 $ pour un studio et un atelier. 

Richard Bourbeau refuse quant à lui de dévoiler le loyer « beaucoup moins cher que la valeur du marché » des occupants. 

Et en l’absence de bail : impossible de savoir qui dit vrai. 

Un troisième locataire rencontré au Bazar du Vieux-Longueuil, jeudi, confirme cependant la version de Jacques Longval et Sylvain Gendron. 

« J’étais chargé de collecter les loyers pour Richard Bourbeau. Je sais combien ils payaient. C’était fixe, il n’y avait pas de rabais et ils ont toujours payé le loyer à temps », affirme Émile Francoeur qui occupe l’immeuble depuis 15 ans. 

Émile Francoeur

Émile Francoeur

« Il me demandait parfois de payer une semaine d’avance pour l’accommoder, sinon il allait devoir couper l’Hydro », ajoute Jacques Longval. 

La loi exige des indemnités

À la Ville de Longueuil, on se dit « extrêmement sensible » à la situation vécue par les locataires de la rue Saint-Jean sans toutefois pouvoir intervenir dans le dossier. 

Les questions d’évictions relèvent exclusivement du Tribunal administratif du logement (TAL). 

Le directeur de cabinet de la mairesse Catherine Fournier précise que le règlement sur les démolitions d’immeubles a néanmoins été modifié par les élus, en 2024, justement dans le but de mieux protéger les locataires. 

« Ils peuvent se présenter à une séance du comité de démolition pour s’opposer à la décision et faire valoir leurs points », indique Louis-Philip Prévost. 

La Ville rappelle également les obligations légales du propriétaire qui s’appliquent même si aucun bail n’a été signé. 

Il doit offrir un délai minimal de trois mois à compter de la date de délivrance du certificat d’autorisation de démolition – le 26 mai 2026 – en plus depayer une indemnité aux locataires et leurs frais de déménagement. 

Le dédommagement représente un mois de loyer par année de location ininterrompue, selon le Code civil du Québec. 

Après six ans d’occupation, donc, Sylvain Gendron aurait dû recevoir 5100 $ de la part de Richard Bourdeau pour compenser son éviction. 

Manque de coopération du propriétaire

« Je me retrouve cul par-dessus tête. À deux mois de préavis, je n’ai pas eu le temps de m’organiser, surtout que j’étais à l’hôpital », explique le locataire de la rue Saint-Jean. 

« J’étais couché sur mon lit d’hôpital, en dépression, on allait m’amputer deux orteils, mais le propriétaire, sa priorité, c’était que je signe son avis d’éviction », raconte Sylvain Gendron. 

Il tente depuis deux mois d’obtenir du soutien du Service d’aide à la recherche de logement (SARL). Mais pour que son dossier soit pris en charge par l’organisme, il a besoin d’une copie du document signé en mai dernier. 

Dix jours après en avoir fait la demande à Richard Bourdeau, il l’attend toujours. 

Le propriétaire, lui, affirme que son locataire aurait plutôt perdu ladite lettre. Or, aucun occupant rencontré par 24 heures au Bazar du Vieux-Longueuil jeudi ne possède de copie de l’avis d’éviction. 

« Je comprends. Tu es propriétaire, tu es là pour faire de l’argent, mais pas au détriment de ceux qui n’en ont pas. Si tu veux profiter ou voler, fais-le avec des gens de ta catégorie », conclut Sylvain Gendron.

*** Disclaimer: This Article is auto-aggregated by a Rss Api Program and has not been created or edited by Bdtype.

(Note: This is an unedited and auto-generated story from Syndicated News Rss Api. News.bdtype.com Staff may not have modified or edited the content body.

Please visit the Source Website that deserves the credit and responsibility for creating this content.)

Watch Live | Source Article