Je n’avais jamais eu recours à un sèche-cheveux avant d’arriver au Québec. Au Vietnam, la chaleur invariable, entre trente et trente-cinq degrés, suffisait à faire sécher mes cheveux en quelques pirouettes. Ils s’égouttaient au soleil, me rafraîchissant sous ce feu tropical.
Aux premiers jours de mon premier hiver québécois, pendant que le vent lacérait mes joues et arrachait mes oreilles à l’arrêt d’autobus, j’ai observé, avec consternation et inquiétude, mes cheveux transformés en glaçons. Heureusement, personne dans l’abribus n’a appelé la DPJ pour signaler notre ignorance des lois du climat nordique.
Des vêtements pour chaque saison
À l’école, une camarade passant à côté de moi dans le corridor m’a lancé : « Tu portes une robe de coton l’hiver, toi ? » J’ignorais qu’il existait des vêtements pour chaque saison. J’empilais tout bêtement une couche par-dessus une autre selon les jours, sans discrimination. Une amie enfilait trois paires de pantalons pour ne pas se figer comme une statue de glace durant la récréation. Elle me conseillait de superposer trois ou quatre t-shirts à la fois pour lutter contre les frissons et se fondre ainsi dans la masse des jeunes heureux. C’est ainsi qu’il m’est déjà arrivé de porter des collants sous des jeans, surmontés d’une jupe fleurie, ignorante de la mode des épaulettes et des couleurs fluorescentes des années 80.
J’avais donc très hâte au printemps, comme tout le monde. Je pensais qu’on attendait son arrivée avec impatience parce qu’on rêvait de chaleur, de peau dénudée, d’orteils libérés. Mais plus le temps passe, plus je suis convaincue d’une autre raison.
Marguerite Duras a écrit, dans L’Amant, qu’au Vietnam, il n’y a pas de printemps, pas de renouveau. Au Québec, tout se régénère au printemps. D’abord, la garde-robe : on lave et range les manteaux d’hiver, on efface les cernes de sel sur les bottes avant de les cacher au fond du sous-sol. On enferme dans des boîtes les gants, les tuques, les cache-cou, les foulards... On fait le ménage du printemps pour laisser place aux vêtements aux couleurs des tropiques.
On nettoie les fenêtres qui ont résisté au vent et aux craquements du froid. Le monochrome du jardin de givre cède la place aux couleurs éclatantes des gloires des neiges, des trilles, des érythrones d’Amérique. Les bourgeons et les jeunes pousses donnent des ailes aux branches épuisées par la neige et la glace.
Un roman en gestation
Puisque la vie se renouvelle, je m’y lance également. Je replace les livres glanés à gauche et à droite sur les étagères de la bibliothèque après les avoir laissés tout l’hiver sur la table de chevet. Je jette les pots d’encre qui ont séché à force d’abandons répétés. Je rappelle les amis et les coups de cœur négligés à cause d’une tempête, du verglas ou d’une paresse en pyjama. Je me débarrasse des jetés trop doux de mon bureau pour commencer l’aventure d’un nouveau roman, en gestation depuis des années.
Ainsi, je vous embrasse et nous souhaite de nombreuses conversations au hasard des trottoirs empruntés. Autrement, nos chemins se recroiseront au milieu des pages, probablement.
.png)
1 week ago
5

















Bengali (BD) ·
English (US) ·