Malgré l’hiver qui approche, la crise de l’itinérance continue de frapper de plein fouet les grandes villes du Québec et des organismes débordés tentent d’offrir le maximum d’aide aux plus démunis de la société qui sont « en mode survie » en tout temps.
Le Journal a eu l’occasion au cours des derniers jours d’accompagner Le Marginal qui travaille auprès des personnes itinérantes ou à statut précaire, dans la capitale nationale. En un seul soir, près de 400 repas chauds ont été servis sur le parvis de l’église Saint-Roch. C’est cinq fois plus qu’il y a 10 ans.
Sur place, Martine, 49 ans, est forcée de vivre chez une amie, le temps de trouver un logement à elle.
« Tout est rendu cher. Même payer une chambre sur l’aide sociale, ce n’est plus possible. Je suis en mode survie tout le temps. C’est un stress, ce n’est pas drôle », a-t-elle confié.
Nourriture trop chère
Cette ex-signaleuse routière a tout perdu après avoir été victime d’un accident de travail qu’elle n’a pas déclaré à son employeur, mais qui a eu des conséquences sur sa santé par la suite.
« Au lieu de construire des condos, il faut plus de logements à prix modique. Peut-être que ça aiderait un peu plus. Baisser le prix de la nourriture aussi, ça aiderait. Il me semble qu’on ne demande pas grand-chose », a ajouté Martine qui faisait la file pour obtenir un manteau plus chaud, alors que les nuits sont de plus en plus froides.
Le Marginal distribue plus de 36 400 repas chauds, par année, en plus de paniers de provisions. Pour financer ce service, l’organisme doit frapper à plusieurs portes pour trouver des bailleurs de fonds et ce, même si la demande a carrément explosé ces dernières années.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Richard Martineau, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
« Tout le monde peut se retrouver dans une situation précaire dans un claquement de doigts. Ça peut arriver très vite », a ajouté Marie-Claude, qui est bénévole pour Le Marginal depuis une quinzaine d’années.
Derrière Martine, Ali patientait pour se procurer des chaussures à sa pointure. Celles qu’il possède sont trop petites et il doit écraser le renfort du talon pour les enfiler. Ali vit dans la rue depuis plusieurs années. Il ne se rappelle plus depuis quand exactement ou peut-être préfère-t-il ne pas s’en souvenir.
Briser l’isolement
« J’ai mon manteau et mes pantalons. À part ça, je n’ai rien d’autre dans la vie. Si c’est possible, je prendrais quelques vêtements de plus et des chaussures assez grandes pour ne plus avoir mal aux pieds. »
Il passe la nuit dans la rue la plupart du temps, même s’il sait qu’il existe des ressources qui peuvent l’aider. Le jour, il trouve un portique ou un banc de parc pour s’assoupir un peu.
Le Marginal joue aussi un rôle contre l’isolement social. Jean a beau vivre dans un HLM, il aime ces rendez-vous où il rencontre ses amis Tupac et Denis qui doivent mendier pour se payer un café quand le froid s’installe.
C’est le moment de partir
18 h : Marie-Élaine Michaud, intervenante sociale en toxicomanie, s’installe au volant du Marginal comme tous les mardis et jeudis. Ce soir, elle transporte, dans le motorisé reconfiguré de 30 pieds, près de 400 repas chauds, des vêtements, des sacs de couchage et des produits d’hygiène. Au menu, du chili, de la soupe aux carottes et du café. Direction : parvis de l’église Saint-Roch, l’un des principaux lieux de rassemblement des personnes itinérantes dans la capitale nationale.
L’ouverture des portes
18 h 30 : Tout est prêt. C’est l’ouverture des portes de la friperie et du service alimentaire. Pas de rats en vue, mais Marie-Élaine confirme que la prolifération de ces rongeurs est épouvantable depuis un certain temps dans le secteur. À l’intérieur, les bénévoles s’activent. « En 2017, quand j’ai commencé, on distribuait 70 repas par soir », a dit Jean, un militaire à la retraite qui sert les portions de chili. Aujourd’hui, c’est près de 400 repas qui sont préparés à chacune des sorties du Marginal.
Les files s’allongent
19 h 00 : Les usagers font la file dehors. Certains n’ont rien mangé de la journée et demandent deux portions, ce que leur accordent les bénévoles. D’autres attendent pour se procurer des vêtements chauds. C’est un réel problème, expliquent les intervenants, car les autorités saisissent les sacs des itinérants quand ils en ont trop, peu importe ce qu’il y a dedans : cartes d’identité, souvenirs, médicaments. L’habillage est toujours à recommencer. Pendant ce temps, Marie-Élaine va sur le terrain. Elle connaît tout le monde. Elle prend des nouvelles des uns et des autres. C’est sa « grande famille ». Elle travaille avec sa fille, Océanne, et une autre intervenante, Alexandra Biron. Miguel fait aussi partie de l’équipe. Près du Marginal, l’unité mobile de la coopérative SABSA (services à bas seuil d’accessibilité) est là entre autres pour faire des tests de qualité de substances, car on veut à tout prix éviter les surdoses.
La tension monte
19 h 45 : La police du SPVQ se pointe pour arrêter un homme qui a tenté de « piquer » deux autres personnes avec un couteau. La tension est palpable. Il y a de l’agitation dans l’air. Tout le monde est sur les nerfs. Rapidement, l’individu est maîtrisé au sol, les deux mains dans le dos, mais malgré tout, l’un des policiers pointe une arme vers lui. Quelqu’un crie « T’as pas besoin de faire ça ! » Il range son arme et les policiers amènent l’individu hors de vue. Le calme revient sur le parvis.
C’est le last call
20 h 20 : Miguel rapporte les plats qui restent dans le frigo communautaire avec son skateboard. Les bénévoles rangent les plats de cuisson et les boîtes vides. C’est un peu le bordel dans Le Marginal. À 20 h 30, tout est fini. On rentre au bercail. Pendant ce temps, les cols bleus de la Ville de Québec donnent un coup de balai et vident les poubelles. Une autre nuit attend les sans-abri.
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7 hours ago
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