Comment des comportements racistes ont-ils pu perdurer pendant «des années» au sein du SPVM?

1 week ago 7

Alors que les allégations de racisme de la part d’une quinzaine de policiers font énormément réagir, plusieurs se demandent comment des personnes racistes ont-elles pu se retrouver dans l’uniforme du Service de police de Montréal (SPVM).

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Vendredi, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a révélé que 16 policiers du poste de quartier 39, à Montréal-Nord, sont soupçonnés d’avoir eu des comportements racistes.

Ils auraient notamment coupé des dreadlocks d’individus qu’ils ont interpellés et les auraient collectionnés comme trophées de chasse.

Le directeur du SPVM, Fady Dagher, s’est dit « très surpris » de prendre connaissance de ces informations. « Je ne croyais pas que c’était possible, en 2026 », a-t-il affirmé en conférence de presse, vendredi dernier.

La sonnette d’alarme a pourtant été tirée à plusieurs reprises dans les dernières années, que ce soit par les communautés racisées elles-mêmes, des chercheurs et même certains médias.

Deux rapports publiés en 2019 et 2023 par des chercheurs en criminologie et remis au SPVM faisaient état de biais systémiques au sein de l’organisation. Les auteurs ont notamment calculé que les personnes noires ont quatre fois plus de chances d’être interpellées par la police sans motif que les personnes blanches.

Une enquête du Devoir publiée en 2022 démontrait que les plaintes en déontologie pour racisme et profilage racial lors d’interceptions routières avaient presque doublé depuis 2019.

« Ça fait plus de 50 ans que [ce genre de comportements racistes] se produit au SPVM et ailleurs », dénonce l’ex-policier à Gendarmerie royale du Canada (GRC) et directeur à la Coalition Rouge contre le profilage racial, Alain Babineau.

Des biais inconscients

Qu’est-ce qui explique, donc, que ces comportements racistes et haineux se seraient produits malgré tous les drapeaux rouges soulevés ?

Tout le monde — pas seulement les policiers — a des biais racistes, rappelle le professeur agrégé à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, Massimiliano Mulone.

Or, à cause du pouvoir discrétionnaire et de l’autonomie dont disposent les policiers, couplés à l’ambiguïté de certaines situations dans lesquelles ils se retrouvent, « il y a beaucoup de risques que les préjugés raciaux influencent, même de façon inconsciente, l’action du policier », explique le professeur Mulone.

C’est pourquoi, dans les rapports remis au SPVM et dont M. Mulone est co-auteur, les chercheurs recommandaient d’imposer un moratoire sur les interpellations policières sans motif pour limiter le profilage racial. Le SPVM a toutefois rejeté cette recommandation.

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Une faille dans le recrutement ?

Selon Alain Babineau, les corps de police pourraient en faire plus pour identifier les individus susceptibles d’avoir des biais racistes.

« Il faut qu’il y ait des tests rigoureux pour détecter les prédispositions au racisme et à la discrimination, mais aussi à être influencé par d’autres », insiste-t-il.

Ce pourrait toutefois être difficile, croit Massimiliano Mulone. « Si vous posez la question : “Êtes-vous raciste ?”, les gens répondent non. Ce n’est pas écrit sur leur t-shirt. Le recrutement est limité dans la capacité de détection. »

La situation à Montréal-Nord démontre que les enjeux vont bien au-delà de la culture organisationnelle au sein du SPVM ; le problème est systémique, estiment les experts.

« Il y avait suffisamment de personnes qui se sentaient suffisamment en position de pouvoir au sein de cette équipe pour mettre en place des pratiques ouvertement racistes. Ça nous indique que ce n’est pas juste qu’il y a des gens qui sont passés à travers les mailles du filet du recrutement », croit Massimiliano Mulone.

De jeunes policiers mal accompagnés

Plusieurs des 16 policiers concernés auraient trois ans ou moins d’expérience en tant que policier. Un fait que Massimiliano Mulone trouve inquiétant.

« Ce n’est pas l’arrière-garde, un reliquat de racisme traînant dans l’organisation. [Ils représentent] le futur de l’organisation », souligne-t-il.

Des sources policières ont confié au Bureau d’enquête du Journal avoir l’impression que l’accompagnement des jeunes agents serait déficient.

« Il y a des kids qui pensent qu’ils peuvent tout faire parce qu’il n’y a personne pour les surveiller », se désole un policier d’expérience.

Le SPVM a recruté plusieurs centaines de policiers en 2024, dont plusieurs sortaient tout juste des bancs d’école.

En entrevue à Radio-Canada, Fady Dagher reconnaît qu’il existe « une vulnérabilité au niveau du coaching, du support et de la supervision » des jeunes policiers.

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