«Chaque fois qu’on doit dire non, on se demande si ce sera la fois où il y aura un féminicide»: les refuges de violence conjugale déplorent le manque de financement du gouvernement

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Les signalements en violence conjugale ont doublé en cinq ans à Montréal et, même si les refuges débordent déjà, les organismes déplorent le fait qu’aucun investissement n’a été prévu dans le dernier budget pour en ouvrir davantage.

« Chaque fois qu’on doit dire non [à une femme qui demande refuge], on se demande si ce sera la fois où il y aura un féminicide », s’inquiète Claudine Thibaudeau, porte-parole de SOS violence conjugale.

Selon les données fournies par le Service de police de Montréal (SPVM), les signalements liés à la violence conjugale sont passés de 7272 en 2021 à 15 247 en 2025, soit plus du double en cinq ans.

Qui plus est, depuis le début de 2026, plus d’une femme sur deux se voit refuser une place dans les maisons d’hébergement, selon Mme Thibaudeau. Ces établissements doivent par ailleurs refuser en moyenne 25 femmes par jour à travers le Québec.

Cette réalité a des conséquences directes et concrètes pour certaines. Une femme de 33 ans s’est ainsi retrouvée sans domicile fixe pendant deux ans, alors qu’aucune ressource n’avait de place alors qu’elle tentait de fuir son ex-conjoint violent (voir autre texte).

Un réseau à bout de souffle

Les maisons d’hébergement contactées par Le Journal disent peiner à se sortir la tête de l’eau. Au refuge de l’Ouest de l’Île, les deux types d’hébergement, soit celui de courte durée et celui de plus longue durée, affichent complet. L’établissement a dû refuser plus de 350 demandes depuis avril 2025.

Même son de cloche pour Auberge Transition Montréal, qui a un taux d’occupation de 100 % depuis quelques mois. La maison Lesther, à Laval, a fonctionné avec 154 % de sa capacité en janvier.

Pourtant, « il n’y a aucun argent pour de nouvelles maisons d’hébergement dans le budget », déplore Annick Brazeau, présidente du regroupement de maisons pour femmes victimes de violence conjugale.

Annick Brazeau, présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale

Annick Brazeau, présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale Photo courtoisie, Carbo Photographe Québec

Grève du milieu communautaire

La grève du milieu communautaire qui a touché plus de 1800 organismes du 23 mars au 2 avril est également venue alourdir la pression.

Bien que les maisons d’hébergement aient décidé de laisser leurs portes ouvertes, la fermeture des organismes de logements a compliqué les choses.

« Pour les femmes qu’on accompagne actuellement et pour lesquelles on soumettrait des demandes, elles n’auront pas de réponses pendant deux semaines. Ces organismes-là sont importants pour nous parce que si une femme peut quitter [la ressource], ça nous permet d’en accueillir une autre », a soutenu Annick Brazeau.

Malgré tout, elle insiste : « Il faut que les femmes continuent de nous appeler pour qu’on trouve des solutions avec elles. »

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