«Ça va faire un gros trou»: le Tim Hortons des Îles sert son dernier beigne samedi

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Dès 6 h du matin, l’odeur du café chaud et des beignes sucrés accueille les Madelinots depuis 31 ans. Le « Tim », c’est une institution aux Îles.

Quand j’ai appris qu’il fermait ses portes samedi, comme bien des habitués encore sous le choc, je n’en revenais pas.

Comment expliquer la fin de la populaire bannière sur l’archipel ?

J’ai attrapé Patrick Chevarie, le propriétaire de la franchise et de plusieurs autres commerces à Cap-aux-Meules, à la sortie du traversier.

« Le gouvernement me force à fermer. Pas le choix. J’ai pu de monde pour travailler ! », dit l’entrepreneur, pourtant habitué aux vents forts des îles.

Patrick Chevarie, le propriétaire du Tim Hortons de Cap-aux-meule qui ferme ses portes le 5 septembre 2026. Il pose devant un autre de ses commerces où il fera travailler les Philippins donc il a pu renouveler le permis de travail. 
Photo fournie par Annie Bénard.

Patrick Chevarie, le propriétaire du Tim Hortons de Cap-aux-meule qui ferme ses portes le 5 septembre 2026. Il pose devant un autre de ses commerces où il fera travailler les Philippins donc il a pu renouveler le permis de travail. Photo fournie par Annie Bénard. Photo fournie par Annie Bénard.

Après l’abolition du PEQ (Programme de l’expérience québécoise) en 2025, les 14 Philippins qu’il a embauchés pour pallier le manque de main-d’œuvre au Tim n’ont plus eu le droit de travailler en restauration. Le PEQ a beau avoir été temporairement rouvert dans les derniers mois, le mal était fait.

« D’avoir coupé les programmes, ça nous a tués. »

« Si le gouvernement avait été honnête avec nous autres, j’aurais pas investi 225 000 $ pour faire venir des travailleurs étrangers. C’est ce que ça m’a coûté depuis 2022 pour installer ces familles chez nous. Si on m’avait dit “c’est un programme temporaire” sans possibilité de renouveler leur permis de travail, j’aurais pas dépensé tout cet argent. »

Des clients déçus

Au Tim, à la table d’à côté, Huguette et Robert ne comprennent pas pourquoi on fait venir des travailleurs si c’est pour les renvoyer chez eux.

« C’est dommage qu’on se prive des bons immigrants. »

Le couple se demande bien où il ira désormais prendre son café matinal.

Dès 6 h du matin, les habitués font la queue. Le «Tim des Îles» est une institution depuis 31 ans. La fin du restaurant, le 5 septembre 2026, va créer un grand vide, a constaté notre chroniqueuse Isabelle Maréchal. Photo Isabelle Maréchal.

Dès 6 h du matin, les habitués font la queue. Le «Tim des Îles» est une institution depuis 31 ans. La fin du restaurant, le 5 septembre 2026, va créer un grand vide, a constaté notre chroniqueuse Isabelle Maréchal. Photo Isabelle Maréchal. Isabelle Maréchal, collaboration spéciale

« Plein de gens seuls viennent ici pour se désennuyer, dit Huguette. Les beignes, c’est un prétexte. Ça va faire un gros trou. »

Des clients venaient deux, trois fois par jour, me confirme Chantal Bourgeois, qui aurait fêté ses 30 ans au Tim en juillet prochain.

 Isabelle Maréchal.

Chantal Bourgeois est la doyenne des employés du Tim Hortons des Îles. Elle a formé beaucoup de Madelinots pour y travailler, mais ils ne restaient pas longtemps, contrairement aux travailleurs philippins, bien implantés dans la communauté. Photo prise peu de temps avant la fermeture de la succursale le 5 septembre 2026. Photo: Isabelle Maréchal. Isabelle Maréchal, collaboration spéciale

Chantal est la doyenne des employés de Patrick. Elle en a formé des jeunes, des moins jeunes aussi. Des Madelinots qui ne restaient pas. Pourquoi « flipper » des beignes à 20 $ de l’heure ?

Puis le groupe de Philippins est arrivé. Ils ont appris le français, se sont intégrés à la communauté, ont même fait des bébés.

« C’était une super de bonne équipe, s’exclame Chantal. J’ai adoré travailler avec ce monde-là. Ça me fait de la peine. »

Plusieurs sont déjà repartis. D’autres iront s’établir ailleurs au pays. Patrick a réussi à en garder quelques-uns pour ces autres commerces.

En prenant la photo de groupe, devant le comptoir de beignes, l’un d’eux, Allen Penano, dont la conjointe vient de repartir aux Philippines, m’a serrée fort dans ses bras.

« Merci de parler de nous autres », me dit-il avec l’accent des îles.

Du monde inquiet

D’habitude, Chantal ne s’intéresse pas trop aux politiques d’immigration. Son « bag », c’est de servir le monde. Mais elle s’inquiète pour la suite.

« Aujourd’hui, c’est le Tim qui ferme. Demain, ça va être quoi ? L’épicerie, l’hôpital ? »

Aux Îles comme dans d’autres régions du Québec, le vieillissement de la main-d’œuvre est une réalité qui frappe dur.

«On a tous le même problème de manque de main-d’œuvre, dit Patrick. On dirait que les gouvernements nous entendent pas. Je ne suis pas optimiste pour l’avenir. »

Le cœur gros, le patron a tout de même prévu un petit spécial pour remercier les clients et employés pour leur fidélité.

Et qui aura la lourde tâche de fermer la porte du Tim, samedi ?

« On verra, dit-il, ému. De toute façon, quand une porte se ferme, une autre s’ouvre. »

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