Si l’accord annoncé entre les États-Unis et l’Iran ouvre la voie à une réouverture du détroit d’Ormuz, le retour à une certaine normalité pour le commerce des hydrocarbures s’annonce progressif et nécessitera l’adaptation du secteur pétro-gazier.
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Question : tout redeviendra-t-il comme avant ?
Réponse : le patron de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, a redit mardi qu’une « réouverture totale et sans condition du détroit d’Ormuz » était essentielle « dès que possible » pour que « pétrole et gaz recommencent à circuler à destination de l’Asie et au-delà ».
Donald Trump a affirmé que le détroit d’Ormuz serait « complètement ouvert » vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d’accord trouvé entre Téhéran et Washington.
Cela « constituerait l’un des développements les plus importants pour l’économie mondiale à l’heure actuelle », estimait lundi l’économiste en chef du cabinet Rystad Energy, Claudio Galimberti.
Au-delà de la question d’un péage - le vice-président américain JD Vance a affirmé lundi à la chaîne CNBC que les États-Unis s’attendaient à ce que l’Iran n’applique pas de péage du détroit, tandis que la diplomatie iranienne a évoqué des « frais » de service maritime -, le corridor maritime est devenu un symbole de la fragilité des chaînes d’approvisionnement.
« Ormuz peut être bloqué, ce que nul n’avait imaginé », résumait début juin l’expert des matières premières Philippe Chalmin, coordinateur du rapport de référence CyclOpe, formulant l’hypothèse d’un lieu de transit qui deviendrait « probablement un détroit péage, ce qui honnêtement n’est pas dramatique ».
Q : Accord Iran/États-Unis : quelles conséquences dans l’immédiat ?
R: L’annonce de l’accord a entraîné une baisse des prix des hydrocarbures et une hausse des marchés boursiers. Mardi, le prix du Brent est passé sous les 80 $ US pour la première fois depuis mars.
Les professionnels temporisent dans l’attente d’un « accord qui soit bien concret et des preuves tangibles que le détroit rouvre », souligne auprès de l’AFP Blandine Ruty, secrétaire générale du syndicat de l’industrie pétrolière française (Ufipem). Les prix continueront à baisser « s’il y a effectivement ces signes de stabilité politique ».
Mais « il faudra du temps pour que la production remonte en puissance, que les chaînes logistiques se normalisent et pour dissiper la prime de risque intégrée aux prix du pétrole brut », poursuit Claudio Galimberti.
« Il y a des doutes sur les capacités d’un certain nombre de puits à repartir rapidement en production, ce n’est pas un robinet qu’on tourne », a aussi déclaré lundi à l’AFP Philippe Chalmin, en référence aux infrastructures endommagées dans le Golfe.
Q : Comment les géants du secteur vont-ils s’adapter ?
R: Au-delà du risque géopolitique, la guerre a mis en évidence le « risque logistique, assurantiel, de stockage » du commerce énergétique lié au détroit d’Ormuz, souligne Stephen Innes, analyste chez SPI Asset Management. En clair : « On peut produire un baril, mais si la voie maritime est perturbée, il devient un stock bloqué », résume-t-il auprès de l’AFP.
Cette prise de conscience pourrait accélérer le passage d’une logistique énergétique du « juste à temps à une logistique du ‘’au cas où’’ », ajoute-t-il.
Concrètement, le secteur des hydrocarbures va devoir « repenser le stockage, les pipelines, la diversification de la production et des routes de transit, mais uniquement dans des limites réalistes ».
TotalEnergies, par exemple, compte lancer de nouveaux projets de petite envergure, capables de produire rapidement. Son PDG, Patrick Pouyanné, a aussi évoqué récemment la construction de « nouveaux pipelines ».
Mais cela n’est utile que pour le pétrole brut. « Pour les produits raffinés et le gaz naturel, si le détroit d’Ormuz est bloqué, vous êtes bloqués à 100 % », soulignait l’expert du pétrole, Francis Perrin, début juin, en marge de la présentation du rapport CyclOpe.
Des producteurs, comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, disposent déjà grâce au développement de leurs pipelines « de routes de contournement », mais leurs capacités de transport « ne peuvent pas remplacer le détroit d’Ormuz », ajoute Stephen Innes. « On peut construire des marges de sécurité », mais « pas un autre Ormuz du jour au lendemain ».
L’AIE a estimé mardi que la crise allait pousser les pays à revoir leur politique énergétique, pour ne pas considérer uniquement « l’option la plus économique », mais aussi « l’option la plus sûre ».
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