Nos artistes peinent à joindre les deux bouts. Ils sont de plus en plus nombreux à demander de l’aide. Dans notre dossier, des artistes témoignent que, trop souvent, vivre leur passion a un coût : la précarité financière.
Figure connue de la scène musicale québécoise, Stéphanie Boulay, la moitié du duo Les sœurs Boulay, est de retour sur les bancs d’école pour devenir avocate. Idem pour sa sœur Mélanie, qui étudie en adaptation scolaire.
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« On a vécu pendant 15 ans de notre art. Aujourd’hui, on paie nos études avec ce qui reste de cet argent », confie la chanteuse.
Le duo Les sœurs Boulay, c’est quatre albums en 15 ans, un EP et des centaines de concerts à travers la province. C’est aussi 100 000 albums vendus uniquement en 2017 ; donc plus de 120 000 disques écoulés en carrière.
À cela, Stéphanie Boulay ajoute deux albums solos, dont le plus récent, Est-ce que quelqu’un me voit ?, est sorti en avril 2025.
À la voir à la télévision, dans les médias, sur scène et sur les réseaux sociaux, on pourrait croire que Stéphanie Boulay vit bien de son art et de sa musique. Or il n’en est rien.
Privilégiée malgré tout
L’auteure-compositrice-interprète de 38 ans confie vivre sur ses économies amassées et placées de 2012 à 2018, alors que le projet Les sœurs Boulay se trouvait dans sa période la plus rentable.
« En ce moment, mon projet perso est déficitaire. En retournant aux études, ma sœur et moi, on voulait prévoir le coup d’avance et se dire : oui on veut demeurer des artistes, mais on veut avoir une sécurité financière », raconte-t-elle au Journal.
Stéphanie Boulay insiste : elle se sait privilégiée du fait que le fruit de son art lui permet de s’offrir un retour aux études ainsi que son train de vie actuel. Mais la réalisation que « cela ne se pouvait plus » uniquement avec la musique a été difficile à accepter.
« Ma plus grande chute a été dans la dernière année. Je regardais les chiffres et ça ne balançait plus, et je sentais que ce que je fais intéressait moins les gens. J’ai fait la balance des deux colonnes et, financièrement, je devais me rendre à l’évidence que cela ne se pourra plus. Cela a été un deuil. Les années de candeur, de fraîcheur et de vie d’artiste en tournée sont révolues », confie l’auteure-compositrice-interprète.
Propriétaires de leur matériel
Cet argent que les deux sœurs Boulay ont mis de côté provient aussi du fait qu’elles sont propriétaires de leurs bandes maîtresses, produisent leurs propres albums et sont coactionnaires d’une compagnie incorporée.
Si Stéphanie Boulay a accepté de s’ouvrir sur sa réalité financière, c’est qu’elle aimerait que les choses changent et que les artistes commencent à discuter entre eux de ce sujet considéré comme tabou.
L’artiste a récemment dû vendre sa maison « pour des considérations pas que financières, mais, oui, aussi financières » pour retourner vivre en appartement.
« Si moi je vis ces insécurités financières, au point où cela me pousse à retourner à l’école à presque 40 ans, je n’ose pas imaginer pour beaucoup d’autres », dit-elle.
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