Vous avez l’impression que la justice est devenue plus clémente ? Vous n’avez peut-être pas tort. Des milliers de criminels ont purgé leur peine à domicile l’an dernier, dont plusieurs agresseurs sexuels. Et de plus en plus d’hommes coupables de violence conjugale s’en sortent sans casier judiciaire. Ce dossier vous explique pourquoi avec des exemples éloquents de ce qu’on surnomme les « peines bonbons ».
Un homme violent qui a fait vivre un enfer à trois conjointes pendant près d’une vingtaine d’années et qui risquait jusqu’à huit ans de détention... s’en est finalement tiré avec une peine de 30 mois, au grand dam des victimes.
« C’est comme si tout ça avait été fait pour rien », déplore Jessica Dupuis, l’une des victimes d’Yvan Dufresne.
L’homme de 47 ans a récemment été condamné à 30 mois de détention au palais de justice de Percé, en Gaspésie, pour des infractions de harcèlement, de menaces, de voies de fait armées et de voies de fait causant des lésions corporelles.
« Plus la juge louangeait le cheminement de l’accusé, plus j’avais l’impression qu’elle n’a pas compris ce qu’est une victime de violence conjugale. Est-ce que ça doit absolument être quelqu’un avec des marques au cou, au bras ? Un œil au beurre noir ? Une femme qui a été tuée ? » s’insurge Mélanie Castilloux, une autre des victimes.
La Couronne suggérait une peine de huit ans de détention pour ces crimes, ce qui prenait en considérant la longue période d’infraction, soit 17 ans, sur trois victimes.
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Risque de récidive élevé
Mais, selon la juge Janick Poirier, l’accusé s’est repris en main et est sur la voie de la réhabilitation, malgré un risque de récidive jugé élevé.
« Moi aussi j’y ai souvent cru à sa réhabilitation... », a lancé Jessica Dupuis.
Elle admet être retournée à plus d’une reprise auprès de l’homme violent.
« J’ai eu du jugement de la part de mes collègues, de ma famille, de mes amies. Quand tu es dedans, tu n’as pas le recul, mais surtout, tu penses toujours que la personne va redevenir comme elle était avant », expose Mme Dupuis.
Après une de leurs ruptures, il l’avait pourchassée jusqu’à une maison pour femmes violentées où elle s’était réfugiée.
Il l’avait ensuite harcelée pendant des semaines en lui envoyant des dizaines, voire des centaines de messages.
Elle fait partie des trois femmes qui ont été victimes de Dufresne entre 2002 à 2019.
Menaces de l’enterrer
« Il a déjà menacé de me tuer et de m’enterrer sur son terrain de chasse, où personne ne me retrouverait », se souvient Mme Castilloux, qui a été en couple avec lui pendant sept ans. À plusieurs occasions, l’accusé la violentait en lui serrant un bras ou la gorge. Mais jamais de coups au visage, précise-t-elle.
Elle l’a quitté en 2010, aidée de sa famille et de ses amis, qui ont ensuite assuré sa sécurité.
Mais Dufresne a alors répété ses gestes de violence sur une adolescente, sa conjointe de 20 ans sa cadette. Elle s’est fait cracher au visage et a eu des ecchymoses aux bras et aux cuisses, en plus de se faire frapper à deux reprises à un œil.
Il a aussi roulé en voiture à haute vitesse en menaçant de les tuer. Le lendemain, lorsqu’elle s’était présentée pour récupérer ses affaires, il l’avait plaquée au mur et l’avait prise à la gorge.
Dufresne avait finalement lâché prise en apprenant que des policiers se trouvaient à l’extérieur.
La Couronne a depuis porté la sentence de 30 mois en appel.
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2 weeks ago
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