La transformation numérique du Québec entraînera une dérive budgétaire « suicidaire », plaide l’ex-ministre du Numérique Gilles Bélanger, qui estime s’être fait tasser du gouvernement Fréchette parce qu’il « dérangeait ».
Selon lui, Québec fonce droit dans le mur en refusant de revoir sa manière de gérer une transformation numérique qu’il juge trop « lente » et déjà « archaïque », en raison des avancées en intelligence artificielle.
Il faudrait, selon lui, se défaire de notre dépendance aux géants informatiques américains.
Dernier exemple en date : le Dossier santé numérique (DSN), contrat conclu avec l’entreprise américaine Epic, dans lequel Québec devra injecter des centaines de millions de dollars en licences et en mises à jour.
« On n’a pas appliqué grand-chose des recommandations de [la commission] Gallant », soutient le député désormais indépendant, en entrevue avec notre Bureau parlementaire.
Jusqu’à 20 milliards $
Le contrat du projet pilote du Dossier santé numérique, limité à deux CIUSSS, durera jusqu’en 2036 et prévoit 100 millions $ par année en frais d’exploitation.
Un modèle comparable à celui ayant mené à de coûteux déboires informatiques d’informatisation de données gouvernementales, comme SAGIR, SAAQclic et SIFARH, affirme-t-il.
« Des échecs retentissants calqués sur un modèle d’affaires d’une autre époque », tranche le député d’Orford, qui dénonce la dépendance aux « géants américains ».
« C’est suicidaire parce que, quand tu rentres avec ces fournisseurs-là dans notre modèle, tu deviens prisonnier, captif », note l’ex-ministre.Plus de 20 milliards $ seront engloutis en dix ans dans la transformation numérique de l’État si Québec maintient le cap, signale-t-il.
Or, seulement 9 milliards $ sont disponibles dans les coffres du gouvernement pour ces projets. À elle seule, la numérisation de la santé pourrait vider la caisse.
« Le reste de l’État en souffrira », a-t-il indiqué.
Et les « lobbys » font tout pour « conserver ces milliards récurrents », croit-il.
Des projets avortés
Pourtant, la CAQ promettait de moderniser les pratiques et de mettre fin au « bordel informatique ».
M. Bélanger dit avoir proposé deux réformes majeures, qui ont été abandonnées.
« On m’a coupé l’herbe sous le pied », affirme-t-il.
Le projet Data Québec visait à créer une forme d’Hydro-Québec du numérique, en contrôlant des centres de données souverains, tout en misant sur l’expertise québécoise en intelligence artificielle.
L’initiative aurait été bloquée in extremis au Conseil des ministres.
Quant à CODE, il s’agissait d’un partenariat avec l’entreprise CGI, qui aurait permis à l’État de devenir propriétaire du code source pour développer ses solutions informatiques à l’échelle gouvernementale.
« Une fois le système développé, il n’y avait plus de licences ni de frais récurrents, donc moins de dépendance », soutient-il. « Il y avait aussi une obligation de sous-traiter jusqu’à 50 % à des entreprises québécoises. »
Gilles Bélanger dénonce enfin l’absence de volonté politique en matière de souveraineté numérique, affirmant que c’est notamment ce qui l’a poussé à siéger aujourd’hui comme député indépendant.
Selon lui, le Québec « recule », alors que le reste du monde, comme l’Estonie, les pays nordiques et la France, fonce pour s’affranchir des géants du web afin de protéger leurs données sensibles et se créer leurs propres actifs technologiques.
Un personnage clivant
- Gilles Bélanger l’assume, il dérange parce qu’il dit tout haut ce qu’il pense ;
- Il a été écarté du Conseil des ministres lors de la formation du gouvernement de Christine Fréchette, élue à la tête de la CAQ le 12 avril ;
- Pendant la course à la succession de François Legault, il a attaqué durement Bernard Drainville et a dit craindre pour la sécurité des données de santé des Québécois dans le Dossier santé numérique.
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