Contrairement à plusieurs, je crois en l’importance des slogans électoraux.
Résumer un programme, une intention politique, en un mot ou en une phrase, c’est un art confinant à la poésie. Non seulement toute formation politique doit le pratiquer, mais ça peut être un outil très efficace pour celles qui l’utilisent bien. (Les mauvais usages sont malheureusement plus fréquents.)
Slogans et devises
Certains slogans marquent la mémoire à un point tel qu’ils finissent par se muter en devise ; en France, « Liberté, égalité, fraternité » fut au départ formulé par les jacobins.
Au Québec, le « Maîtres chez nous » du PLQ de Jean Lesage est devenu au fil des ans l’expression d’une ambition québécoise transpartisane. Comme pour bien des éléments des identités canadienne-française et québécoise (feuille d’érable, castor, Ô Canada, etc.), le Dominion, réconcilié récemment avec la notion de souveraineté, s’est approprié culturellement le « Maîtres chez nous ». Mark Carney en abuse même.
Au reste, les leitmotive du PLQ des années 1960 sont une source d’inspiration pour tous au Québec : « C’est assez, faut que ça change ! » (CAQ 2012) ; « Libres chez nous » (PCQ 2022).
Passe-partout
La plupart des slogans sont vite oubliés parce que trop passe-partout. « Le choix de la confiance » du Parti Québécois (2026) aurait pu se retrouver sur les bus de tous les autres partis.
Un peu comme le « Unis pour réussir » de Jean Charest de 2007. Cette année-là, le PLQ réussira... à être le premier gouvernement minoritaire depuis le XIXe siècle. Le mémorable « Nous sommes prêts » de 2003 avait été infiniment plus de personnalité !
Jean Charest, chef du Parti libéral du Québec, présente les candidats de son parti lors du lancement officiel de la campagne électorale libérale, à Québec, le 9 mars 2003. À l’arrière-plan, on peut voir le slogan qui marquera cette campagne: «Nous sommes prêts». Archives Reuters / Didier Debusschere
Trop longs ou trop courts
Parfois, un slogan est tellement long qu’il en devient insignifiant. PQ, 2014 : « Plus prospère, plus fort, plus indépendant, plus accueillant ». À l’inverse, en 2018, les partis ont abusé des mots solitaires : « Maintenant » (CAQ) ; « Sérieusement » (PQ) ; « Populaire » (QS).
Continuité et changement
Tiraillé entre continuité et changement, le parti qui gouverne depuis quatre ans a souvent du mal à trouver la bonne formule. Le « Continuons » de la CAQ de 2022 est un modèle de pochitude. Le PQ, en 1981 et en 2003, fut plus subtil : « Faut rester forts » ; « Restons forts ». Le PLQ de Philippe Couillard, en 2018, accoucha de « Pour faciliter la vie des Québécois », trop long, peu inspirant.
Pour quelle formule optera la CAQ en 2026 ? Une certitude : elle sera exempte de toute allusion à un bilan ou à la continuité. Parions qu’on ne fera pas référence au nom du parti, ce qu’avait osé l’ADQ en 2007 : « Au Québec, on passe à l’action ». Avec la popularité de sa cheffe, pourrait-on s’inspirer de 2014, où la CAQ misa sa figure de proue : « On se donne Legault » ? Mais « On se donne Fréchette », ça ne fonctionne pas vraiment. La CAQ forgera-t-elle une formule géniale, comme le Bloc Québécois en 2004 : « Un parti propre au Québec » ? J’en doute.
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3 days ago
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