Le responsable des ressources humaines d’une entreprise spécialisée dans la gestion de résidences privées pour aînés (RPA) au Québec dénonce l’injustice créée par le gouvernement de la CAQ, qui n’hésite pas à modifier ses mesures d’immigration pour combler ses besoins de main-d’œuvre, sans considérer ceux des entreprises privées.
Depuis le 25 mai dernier, les conjoints de certains professionnels des soins de santé formés à l’étranger qui sont au Québec sont dispensés de l’exigence que le permis de travail du demandeur principal étranger soit valide pendant au moins 16 mois, pour qu’ils aient droit à un permis de travail ouvert.
Il s’agit d’une modification apportée par Immigration Canada, à la demande du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec (MIFI).
Concrètement, c’est le personnel infirmier recruté à l’international, les inhalothérapeutes formés à l’étranger et les technologues médicaux formés à l’étranger qui y sont admissibles.
Anthony Demers, directeur des ressources humaines des résidences pour aînés (RPA) de Groupe Patrimoine, estime que le MIFI rate une partie importante de sa cible : les préposés aux bénéficiaires (PAB).
« Il y a beaucoup de RPA qui sont dans cette même situation : on a beaucoup d’enjeux pour le recrutement des PAB. C’est pour ça qu’on a commencé à faire du recrutement à l’international durant la pandémie », laisse-t-il tomber.
M. Demers indique que plusieurs de ses employés sont en voie d’obtenir la résidence permanente, mais le projet familial demeure compromis parce que le conjoint n’est pas admissible à cette modification. Les travailleurs étrangers de l’entreprise sont essentiels pour assurer un suivi de bons soins, insiste-t-il.
Québec se défend
Québec se défend d’oublier les entreprises privées, en indiquant que la profession de préposé aux bénéficiaires fait partie du secteur de la santé pour lequel le ministère accorde une priorité d’invitations dans le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).
N’en demeure pas moins que ce programme est très controversé par ses taux de contingentement et ses critères beaucoup plus élevés que ceux de son ancienne version, le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).
M. Demers souhaiterait que le MIFI réintègre les PAB à la nouvelle mesure, pour que les conjoints aient rapidement accès de nouveau à un permis de travail ouvert, comme cela a déjà été possible.
« Je ne parle pas de nouveaux recrutements à l’international, mais pour les gens qui sont déjà ici. On a passé la pandémie grâce à eux », rappelle-t-il.
Avocat spécialisé en immigration, Me Maxime Lapointe reconnaît un changement de ton de la part de Québec en matière d’immigration, mais estime aussi que le gouvernement rate une partie de la cible.
« On a bien vu, pendant le règne de la CAQ, que la pénurie de main-d’œuvre de l’état primait sur celle des entreprises privées. L’ajout de trois postes du secteur public permettant un permis ouvert est un exemple. Je salue toutefois l’élargissement des permis de travail ouverts pour les conjoints de personnes invitées au PSTQ », indique-t-il.
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