Le maire Zohran Mamdani a annoncé ce mois-ci que l’ouverture du premier supermarché public appartenant à la Ville de New York verra le jour dans le quartier défavorisé de Hunts Point, dans le Bronx, dès l’an prochain. Alors que les Québécois en situation d’insécurité alimentaire se rabattent vers les épiceries à rabais pour se nourrir, le modèle pourrait-il être implanté chez nous ?
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C’était une promesse phare de sa campagne : créer cinq épiceries municipales, une par arrondissement, qui vendent des aliments moins chers aux citoyens.
Pour offrir ces prix, Zohran Mamdani exonère ces succursales de loyer et d’impôts fonciers.
Même si des épiceries indépendantes voient déjà cette concurrence d’un mauvais œil, le projet reçoit l’appui d’élus progressistes et d’organismes communautaires.
L’idée gagne aussi du terrain au Canada. Le 26 mars, le conseil municipal de Toronto a adopté une motion pour lancer un projet pilote dans des quartiers plus pauvres comme Etobicoke, North York ou Scarborough.
Deux semaines plus tard, Québec solidaire annonce vouloir créer un « Costco québécois » si le parti est élu pour offrir des produits locaux moins cher et pousser la concurrence à baisser ses prix.
Est-ce faisable ?
Cette proposition est réaliste, selon Guillaume Tremblay-Boily, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), puisque l’État achète déjà une grosse quantité d’aliments pour les hôpitaux, les CHSLD et les écoles.
« Il existe déjà une formule qui permet au gouvernement québécois d’acheter des aliments à plus bas prix en signant des contrats stables avec des fournisseurs », dit-il.
Une première étape, selon lui, serait d’installer des épiceries publiques à l’intérieur d’édifices publics sous-utilisés situés dans des déserts alimentaires.
Où sauver de l’argent ?
En utilisant des terrains municipaux, les coûts d’opération seraient réduits en économisant sur le loyer et les impôts fonciers.
Selon l’IRIS et le Centre canadien de politiques alternatives, le modèle permettrait des économies de 30 à 45 % sur la facture d’épicerie, ce qui représenterait entre 2500 $ et 10 000 $ d’économies par an pour une famille.
Un rêve qui semble toutefois difficile à mettre en place, selon Maurice Doyon, professeur à l’Université Laval.
« Si vous regardez nos grandes chaînes, les profits sur l’alimentation sont entre 1 % à 5 %, donc on ne peut pas redistribuer [en rabais] 20 % ou 28 % », explique-t-il, en mentionnant qu’il serait difficile pour le secteur public d’atteindre 5 % de profit.
« On parle d’une industrie très sensible aux économies de taille, donc plus je suis gros, moins mes coûts sont élevés parce que j’ai des coûts fixes importants », rajoute-t-il.
La marge de profit des grandes chaînes est mince, mais leurs bénéfices ont quand même dépassé les quatre milliards de dollars en 2025.
Des experts pensent que ce serait plus efficace et équitable d’aider directement les ménages à faible revenu en augmentant, par exemple, les allocations familiales.
Bilan mitigé à l’étranger
L’expérience la plus documentée est à Kansas City, dans l’État du Missouri. Les autorités locales ont investi près 29 millions de dollars dans une épicerie subventionnée avant qu’elle ne ferme en août 2025, sept ans après sa création.
Une baisse de la fréquentation et une hausse de la criminalité auraient eu raison du Sun Fresh Market, plongeant les quartiers environnants, à majorité Noire et à faibles revenus, dans un désert alimentaire.
Le plus vieux modèle est au Mexique où le gouvernement a lancé en 1953 des épiceries publiques présentes dans la majorité du pays.
Mais depuis, ce système a été fragilisé par des affaires de corruption, des problèmes d’approvisionnement et la concurrence de Walmart ou des nouveaux acteurs à rabais.
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1 week ago
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