La Ville de Montréal demande à plus d’un million de citoyens de réduire leur consommation d’eau, alors que plusieurs conduites d’eau majeures doivent être simultanément réparées. Avec le réseau vieillissant, ce genre de demande risque d’être faite plus fréquemment. Est-il temps que la métropole impose une tarification sur l’eau, comme ça se voit ailleurs ?
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À cause de la « détérioration avancée » d’une conduite d’eau qui alimente le réservoir d’eau McTavish, un élément central du réseau, 1,3 million de Montréalais sont appelés à abaisser leur consommation d’eau en limitant l’arrosage extérieur, en prenant de courtes douches et en ne laissant pas couler l’eau durant le brossage des dents.
Depuis le 9 juin, la Ville a aussi fermé plusieurs de ses fontaines décoratives afin de montrer l’exemple.
Des travaux d’une durée de six semaines débuteront en juillet pour réparer la conduite. Il reste donc une seule conduite principale dans le secteur pour la durée des travaux.
À Montréal, chaque individu utilise en moyenne 306 litres d’eau par jour, alors que la moyenne canadienne est de 220 litres d’eau par jour. La Ville espère économiser 100 millions de litres d’eau par jour durant la période des travaux.
« Le caractère exceptionnel de la situation relève plutôt du fait que trois conduites principales qui servent à distribuer l’eau potable seront fermées simultanément », précise la Ville en réponse à un courriel de 24 heures.
Il faut dire que le réseau d’aqueduc montréalais se fait vieillissant. Environ 17 % du réseau est centenaire, selon des informations de la Ville, et l’âge moyen du réseau de 4458 km est de 65 ans. Selon les matériaux de fabrication et l’agressivité du sol, les conduites d’eau ont une durée de vie utile allant de 75 à 150 ans.
Faut-il tarifer l’eau ?
Les investissements nécessaires pour l’entretien s’annoncent importants. Faut-il donc faire payer les citoyens pour leur consommation d’eau ?
C’est du moins l’avis de l’Union des municipalités du Québec, qui propose d’« accroître le recours à la tarification de l’eau » afin de financer la restauration des infrastructures déficientes, selon un rapport publié en mai.
En réaction, le ministre des Affaires municipales Samuel Poulin a affirmé que le Québec est « mûr pour une réflexion » sur le sujet. Il n’a toutefois pas l’intention d’encourager les municipalités à mettre en place une tarification de l’eau potable.
Actuellement, à Montréal, comme dans la majorité des villes du Québec, une taxe sur l’eau est incluse dans les taxes municipales en fonction de la valeur immobilière de la résidence, et non pas de l’utilisation.
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Une fausse bonne idée ?
Selon Rébecca Pétrin, ce n’est pas du tout une solution viable à long terme.
« Il y a un discours qui persiste dans l’opinion publique selon lequel si les citoyens doivent payer pour l’eau au volume qu’ils utilisent, nécessairement, ils vont réduire leur consommation. Mais il y a très peu d’analyses disponibles qui nous le prouvent », soutient-elle.
Selon la biologiste, une telle mesure pourrait conscientiser une certaine frange de la population à revoir sa consommation d’eau, mais créerait surtout une « inégalité sociale » entre ceux qui ont les moyens de payer – et surconsommer – leur eau, et ceux qui n’ont pas le choix de limiter leur utilisation pour des raisons financières.
Rébecca Pétrin rappelle aussi que l’installation, le changement et les réparations de compteurs d’eau engendreraient des coûts importants pour une ville.
La Ville confirme que l’ajout de compteurs d’eau est une mesure « exigeante en ressources financières et opérationnelles ». « Elle doit donc être envisagée de façon réfléchie, au moment opportun, lorsque les bénéfices des autres moyens auront été pleinement réalisés et évalués, dans le respect des priorités et de la capacité de la Ville », ajoute-t-on.
Des obstacles pour les locataires
Si les villes de Toronto, Ottawa, Calgary et Vancouver font payer leurs citoyens pour leur consommation d’eau, plusieurs obstacles se dressent pour implanter la mesure à Montréal, explique la professeure au Département des génies civil, géologique et des mines de Polytechnique Montréal, Sarah Dorner.
Parmi eux, la proportion plus importante de locataires à Montréal comparativement aux autres grandes villes canadiennes amène une certaine confusion à savoir qui paie quoi.
Par exemple, les locataires pourraient avoir à payer pour leur consommation d’eau, alors que la responsabilité de réparer les fuites d’eau revient au propriétaire. Or, si ce n’est pas fait, ce sont les locataires qui pourraient se retrouver à payer pour l’eau écoule d’une fuite non colmatée.
« Il y a encore aussi des entrées de service en plomb, où on demande aux gens de faire couler l’eau avant de remplir un pichet filtrant, ce qui encourage à consommer plus d’eau pour ne pas être exposé au plomb », ajoute Sarah Dorner.
Faire payer les industries le juste prix
Plutôt qu’une tarification pour les résidents, Rébecca Pétrin suggère de plutôt d’exiger un tarif plus élevé de la part des entreprises.
À l’heure actuelle, au Québec, un mètre cube (1000 litres) d’eau coûte en moyenne 4,60 $ pour le traitement de l’eau potable, alors que les industries, les commerces et les institutions paient 1,50 $ le mètre cube, selon la biologiste.
Parmi les autres solutions pour inciter les citoyens à réduire leur utilisation d’eau, les municipalités pourraient interdire l’arrosage des pelouses durant la saison estivale. Les gouvernements pourraient également offrir des subventions pour l’achat d’électroménagers qui consomment moins d’eau ou bien pour le colmatage des fuites d’eau.
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