Michel Seymour analyse les responsabilités étatsuniennes dans la guerre en Ukraine dans un nouvel ouvrage «L'Ukraine, la Russie et les États-Unis»

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Je sais, il n’est pas facile de penser et d’écrire à contre-courant, loin des bons sentiments qui font l’unanimité. La guerre qui oppose depuis plus de quatre ans la Russie et l’Ukraine en est le parfait exemple. Dans L’Ukraine, la Russie et les États-Unis, le chercheur Michel Seymour tente de nous faire voir l’autre côté de la médaille. 

On le voit sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels, une majorité pense que la Russie est le pays agresseur et l’Ukraine, la victime. C’est aussi la version étatsunienne : une agression motivée par les ambitions impérialistes russes. Et s’il en était autrement ?

Juste le simple fait de poser la question soulèvera des tollés d’indignation envers toute personne dissidente. Pourtant, la question se pose : « Peut-on tolérer d’écouter le propos d’un avocat du diable », sans le taxer d’être un agent pratiquant la désinformation russe ?

Dans cet ouvrage fouillé et extrêmement bien documenté, Michel Seymour se questionne, en premier lieu, sur le sens de la guerre. On ne va pas en guerre sans de bonnes raisons, dit-il. Une guerre est toujours motivée par une agression antérieure et par la nécessité de se défendre contre cette agression dans le futur.

« Chacun tient à porter les habits de la victime, d’où la nécessité d’être attentif aux faits et d’ancrer l’analyse dans une démonstration et non en faisant des affirmations gratuites qui diabolisent un adversaire en lui prêtant d’emblée des intentions maléfiques. »

L’OTAN

Pour Seymour, s’il y avait plus d’empathie entre les individus et les nations, il y aurait moins de guerres, car l’empathie, vertu d’abord féminine qui rend propice la tolérance, crée des conditions favorables au maintien du dialogue.

Mais une chose est certaine : pour comprendre les sources d’un conflit, il faut remonter dans le temps et faire appel au droit international.

Avec la chute du mur de Berlin et la dissolution de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie, l’OTAN, qui fut créée pour contrer toute menace émanant du Bloc de l’Est, n’avait plus sa raison d’être. Pourtant, on l’a non seulement maintenue, mais les États-Unis ont tout fait pour qu’elle prenne de l’expansion en y intégrant les pays anciennement compris dans le Bloc de l’Est, l’OTAN passant ainsi de 16 à 30 puis à 32 membres. Ils rompaient de facto leur engagement de ne pas élargir l’OTAN au-delà de la frontière de l’Allemagne unifiée.

Petit à petit, la Russie s’est vue encerclée et a commencé à craindre pour sa sécurité, elle qui avait payé le plus lourd tribut – 25 millions de soldats et de civils russes tués – pour libérer l’Europe de l’Allemagne nazie. Allait-elle attendre que des missiles de l’OTAN soient installés en Ukraine pour réagir ?

« La menace existentielle vécue par Moscou ne faisait-elle pas écho à celle vécue par les États-Unis à Cuba en 1962, alors que les Russes ont voulu y installer des missiles, en représailles à ceux qui avaient été installés par les États-Unis en Italie et en Turquie ? » se demande Seymour.

Provocations

Cette intervention militaire en Ukraine n’est pas légale et viole le principe de l’intégrité territoriale, admet l’auteur, mais se pourrait-il que les États-Unis aient tout fait pour qu’il en soit ainsi, multipliant les provocations pendant plusieurs années : révolutions de couleur, retrait américain des traités ABM (sur les traités antibalistiques) et INF (sur les missiles nucléaires à portée intermédiaire), financement de la révolte populaire de Maïdan, immixtion flagrante dans les affaires internes de l’Ukraine, allant jusqu’à nommer le premier ministre, une ministre des Finances, le gouverneur d’Odessa et le secrétaire à la défense et à la sécurité nationale, l’appui au groupe néonazi Azov harcelant les russophones du Donbass, coup d’État, en 2014, contre le président élu de l’Ukraine Viktor Yanukovych, jugé trop prorusse, abrogation des lois garantissant l’usage public de la langue russe au Donbass, etc. ? demande-t-il.

Sans parler de « l’interruption des négociations fructueuses qui avaient pourtant déjà été réalisées entre l’Ukraine et la Russie quelques semaines après l’invasion et pouvant rapidement mettre fin à la guerre ».

Toutes ces provocations témoignent d’une volonté de contrer l’influence de la Russie dans la région, par un pays qui en a agressé tant d’autres.

Sommes-nous face à une guerre préventive, un cas de légitime défense ? demande Seymour. Une chose est certaine : sans l’intervention étatsunienne, cette guerre n’aurait pas eu lieu. Si vous voulez connaître un autre point de vue que celui d’une certaine presse russophobe, il faut lire cet ouvrage éclairant.

Éditions L’Harmattan

Michel Seymour
L’Ukraine, la Russie et les États-Unis
Éditions L’Harmattan

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