La mairesse de Montréal Soraya Martinez Ferrada a annoncé vendredi que les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) seront munis de caméras corporelles d’ici un an. Mais est-ce que c’est vraiment une bonne idée pour améliorer la sécurité ?
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L’un des projets révélés aujourd’hui prévoit d’équiper 3500 policières et policiers de caméras portatives et environ 600 véhicules de patrouille de caméras véhiculaires et de lecteurs automatisés de plaques, peut-on lire dans un communiqué de presse de l’administration Martinez Ferrada.
« Les caméras peuvent protéger tant le citoyen que le policier », a illustré la mairesse de Montréal lors d’un point de presse.
Les autorités prévoient un déploiement progressif. Il faudra attendre jusqu’à un an avant de voir les premières caméras corporelles sur les agents du SPVM. Mais on prévoit que l’ensemble des policiers soient munis de caméras corporelles d’ici trois ou quatre ans.
« La caméra nous permettra d’avoir un respect mutuel de part et d’autre », a assuré Fady Dagher, directeur du SPVM.
Ce dernier promet de la « transparence totale ». Les policiers ne pourront pas choisir des moments où ils filment ou non les interventions.
Et les vidéos ne se retrouveront pas toutes dans l’espace public, dit-on.
Un moyen peu efficace
Le débat entourant les caméras corporelles est revenu dans l’actualité, cet été, dans la foulée de la révélation des comportements racistes allégués de plusieurs policiers du poste de quartier 39, à Montréal-Nord.
À ce moment, l’ex-policier Robert Poëti avait appelé à ce que la technologie soit implantée au plus vite, sur les ondes de QUB.
Or, pour le professeur agrégé à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, Massimiliano Mulone, l’implantation de caméras corporelles est « contre-productive ».
D’une part, à cause des investissements importants que l’installation des caméras ainsi que la gestion du matériel et des données nécessitent au fil des années.
Il dénonce aussi la décision d’investir des millions de dollars dans une technologie dont l’efficacité contre le profilage policier n’a pas été prouvée.
« C’est la dernière des bonnes idées », lance-t-il.
M. Mulone estime que les sommes auraient été mieux investies si elles avaient été allouées à « d’autres services publics, d’autres missions, d’autres organismes qui pourraient aider même plus efficacement à lutter contre le profilage racial ».
Dans son plus récent budget, la Ville a alloué 40 millions au projet de caméras corporelles.
Une image ne vaut pas 1000 mots
D’autre part, contrairement à Robert Poëti qui a affirmé qu’« une image vaut 1000 mots », M. Mulone croit que les images ne représentent pas toujours la vérité.
Dans plusieurs cas, les caméras corporelles, placées au niveau du torse, peuvent être contrôlées par les policiers qui les portent. Ils peuvent donc les allumer et les éteindre comme bon leur semble durant une intervention.
Un policier soupçonné d’un acte quelconque pourrait « alléguer l’erreur, l’oubli ou la défaillance technique », énumère le professeur, voire être blâmé pour n’avoir pas allumé sa caméra plutôt que de recevoir un blâme parce qu’il a été raciste, par exemple.
La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a récemment mis en place de façon graduelle l’ajout de caméras corporelles sur ses policiers depuis 2024. Sur son site web, la GRC affirme que ces dispositifs servent à « améliorer la confiance entre les policiers et les communautés qu’ils servent, car elles sont un moyen indépendant, impartial et objectif d’enregistrer les interactions entre les policiers et la population ». En juin 2025, 63 % des 10 000 caméras étaient en service.
Quelques autres corps policiers au Canada utilisent les caméras corporelles. C’est le cas à Toronto, où une enquête de Radio-Canada a révélé que certains omettaient de les activer parfois de manière injustifiée, et à Edmonton. Après un projet pilote, les policiers d’Ottawa en seront munis d’ici 2027.
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