Le 18 juillet dernier, j’ai accompagné ma mère de 81 ans au Centre hospitalier St. Mary pour un contrôle postopératoire au lendemain d’une opération de la cataracte.
Ce samedi-là, le médecin qui assurait le suivi des patients opérés la veille était incapable de tenir avec ma mère une conversation dans la langue officielle et commune du Québec.
À la suite de mon intervention ferme sur son obligation de parler français, il a tenté de communiquer à l’aide de Google Traduction. Malgré cet outil, ma mère et le médecin résident de McGill étaient incapables de se comprendre. Nous sommes en 2026, au Québec, quatre ans après l’adoption de la loi 96 et près de 50 ans après celle de la loi 101.
Un droit reconnu et des dirigeants imputables
La Charte de la langue française reconnaît pourtant le droit de recevoir des services de santé en français. Comment le système québécois peut-il laisser en place un médecin incapable de communiquer adéquatement dans cette langue lorsqu’il doit assurer le suivi de ses patients ?
St. Mary fait partie du réseau de Santé Québec et l’hôpital est lié à l’Université McGill. L’article 165 de la Loi sur la gouvernance du système de santé établit la responsabilité des plus hauts dirigeants de ces établissements, dont Geneviève Biron et Dan Gabay, respectivement PDG de Santé Québec et PDG du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Qui embauche ? Qui maintient le médecin fautif en poste ? Qui vérifie ?
L’article 35 de la Charte de la langue française prévoit aussi qu’un ordre professionnel ne peut délivrer un permis de pratiquer sans une connaissance appropriée du français. Pourquoi le Collège des médecins permet-il à des médecins ne connaissant pas le français de pratiquer ?
Un problème systémique
Au recensement de 2021, 8,8 % des Québécois avaient l’anglais comme langue maternelle. Pourtant, en 2025-2026, McGill dispose de 241 des 1165 places du contingent régulier québécois en médecine, soit 20,7 %.
Plus d’une place sur cinq est donc accordée à une université de langue anglaise, alors que les anglophones de langue maternelle représentent moins d’un Québécois sur douze.
Le problème n’est pas l’existence de McGill ni celle de St. Mary. Il réside dans la place disproportionnée accordée aux institutions de langue anglaise et dans l’incapacité de l’État à garantir concrètement le droit de recevoir des services en français.
Des droits, mais quels recours ?
Que se passe-t-il lorsque ce droit n’est pas respecté ?
On peut porter plainte à l’OQLF, qui fera enquête. Si l’institution est reconnue fautive, elle devra corriger le tir, sans conséquence grave. La Charte n’impose aucune obligation de dédommager financièrement un patient privé de son droit.
Le droit de se faire soigner en français n’a alors aucune valeur réelle. Si un juge pouvait imposer des dommages financiers à une institution négligente et des compensations aux patients lésés, les responsables de nos établissements et des ordres professionnels seraient beaucoup plus vigilants.
Une question aux partis
À l’approche des élections québécoises, je demande aux partis aspirant à gouverner : que comptez-vous faire pour garantir réellement le droit d’être soigné en français partout au Québec ? Êtes-vous prêts à modifier la loi afin qu’un patient brimé puisse poursuivre une institution fautive ?
Êtes-vous également prêts à revoir la place et le financement des institutions universitaires et de santé de langue anglaise afin qu’ils correspondent davantage à leur poids démographique ?
C’est malheureux, mais la langue française ne vaut rien, tout comme le droit inscrit dans la loi 101 de recevoir des services médicaux en français.
Eric Bouchard
Auteur et créateur de contenu
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5 days ago
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