Le jeune boxeur québécois Wilkens Mathieu, qui se hisse à seulement 21 ans au 8e rang mondial des poids super-moyens, ne semble pas se contenter de son succès sur le ring. L’étoile montante au discours masculiniste a d’autres ambitions sur les réseaux sociaux : promouvoir son agence de créatrices de contenu OnlyFans lancée avec son meilleur ami grâce à laquelle ils empocheraient des dizaines de milliers de dollars par mois.
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Wilkens Mathieu a remporté le 11 juin dernier sa première finale en carrière au Théâtre Capitole, dans sa ville natale de surcroît.
On l’appelle « la fierté de Québec ».
Devant une foule conquise, l’athlète de 21 ans a su conserver son titre de champion des super-moyens de la North American Boxing Federation (NABF) face au vétéran brésilien de 36 ans, Esquiva Falcao.
Il est désormais classé au 8e rang mondial dans sa catégorie de poids par le World Boxing Council (WBC), 14e par la World Boxing Association (WBA) et 15e par la World Boxing Organization (WBO).
Ce récent combat porte la fiche de Wilkens Mathieu à 16 victoires — dont 11 par K.O. — et zéro défaite depuis son saut chez les professionnels en 2023.
Jusqu’ici, tout va bien.
En dehors du ring, toutefois, la proposition de la « fierté de Québec » est différente.
Jouer avec les codes du masculinisme
Sans jamais s’écarter de son statut de champion de la boxe, Wilkens Mathieu est aussi reconnu pour son discours masculiniste sur les réseaux sociaux.
« Sois un homme. Oublie les anniversaires. Travaille trop fort. Ne porte pas de crème solaire. Entraine-toi tous les jours. Traite les gens de gros, d’attardés et de gais. Protège les femmes et les enfants. Voyage à travers le monde », plaide-t-il, sur Instagram, en pleine séance d’entraînement.
Son intention est évidente.
La force physique, la conviction que les femmes doivent se trouver un bon mari et faire des enfants, l’idée que l’argent est synonyme de réussite et de domination masculine : son contenu diffusé sous forme de sermon motivationnel reprend à la lettre les codes du mouvement antiféministe.
Il offre à ses quelque 13 000 abonnés une vitrine sur ses entraînements, ses combats et sa vie « de luxe » en costard, au casino, devant des voitures haut de gamme ou posant avec des armes à feu.
Ça vous rappelle quelque chose ?
L’ancien kickboxeur professionnel britannique devenu influenceur masculiniste, Andrew Tate, proposait lui aussi ce genre de contenu. Le misogyne avoué de 39 ans est par ailleurs poursuivi en Roumanie pour traite d’êtres humains et fait face à de multiples accusations de viol et d’agression sexuelle au Royaume-Uni.
Des dizaines de milliers de dollars grâce à OnlyFans
Sur son compte Instagram, Wilkens Mathieu reste timide sur ses activités professionnelles extrasportives.
C’est à ce moment que son meilleur ami Jacob Blais entre en scène.
Le boxeur amateur de 22 ans originaire de Montréal a fait le saut chez les professionnels en juin 2025. Après la défaite de son premier et dernier combat, il a décidé de se tourner vers le milieu des affaires. Et pas n’importe lequel.
Jacob Blais et Wilkens Mathieu dirigent une agence de créatrices OnlyFans appelée ElvyParadise avec laquelle ils empochent, assurent-ils, plus de 60 000 $ par mois.
L’entreprise est basée à Dubaï et peut être contactée sur WhatsApp via un numéro montréalais débutant par « 438 », peut-on lire sur le site.
Ils offrent parallèlement de la formation à ceux qui aspirent, comme eux, à encaisser rapidement un tel salaire mensuel grâce au contenu pour adultes. Mais pour devenir un gestionnaire OnlyFans à ce point lucratif, il faut payer.
Coût de leur programme « PHD » : 1500 $ (offert en rabais à 1000 $ pour un temps limité).
Les deux boxeurs et le promoteur de Wilkens Mathieu, Eye of the Tiger Management, n’ont pas répondu aux demandes d’entrevue de 24 heures.
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Proxénétisme 2.0 ?
Le compte Instagram de Jacob Blais — sur lequel apparaît plus souvent qu’autrement son partenaire d’affaires Wilkens Mathieu — sert en quelque sorte de plateforme publicitaire pour ElvyParadise et le programme de formation PHD.
On y vante les revenus de l’entreprise, les mannequins de leur agence et les conseils financiers qui leur ont permis de faire rapidement la piasse « en toute légalité ».
La gestion d’un compte OnlyFans n’a « absolument rien à voir avec le proxénétisme », précise le site du programme PHD.
« Le management OnlyFans en général est un souci d’un point de vue légal. Plusieurs se demandent si on ne devrait pas associer cette activité avec le proxénétisme », explique la doyenne du département de science politique et de droit de l’UQAM, Rachel Chagnon.
« La Gendarmerie royale du Canada (GRC) commence aussi à s’intéresser [à ce qu’on appelle le proxénétisme 2.0] », ajoute celle qui se spécialise notamment dans les violences faites aux femmes.
Jacob Blais et Wilkens Mathieu ne font face à aucune accusation en lien avec leurs entreprises.
Au Québec, la gestion de comptes sur la plateforme est légale si elle est effectuée par des adultes consentants.
Les intermédiaires — comme les agences — qui contrôlent le contenu, accaparent une part disproportionnée des gains ou exercent des pressions sur les créatrices s’exposent cependant à de graves accusations criminelles.
Traite de personnes
« Si on établit que le manager contraint la créatrice à offrir certains services sexuels, il s’agit d’une forme de prostitution et même, de traite de personne », précise la juriste Rachel Chagnon.
C’est l’arrêt « Urizar c. R » rendu en 2013 par la Cour d’appel du Québec qui a défini les dispositions du Code criminel relatives à ce crime, souligne-t-elle.
En 2010, Juan Pablo Urizar a été condamné à six ans de prison pour agression sexuelle, vol qualifié et traite de personne, notamment, pour l’exploitation d’une jeune fille de 18 ans poussée à devenir danseuse nue puis forcée de lui remettre tous ses revenus.
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Il s’agit de la première condamnation pour traite de personne au Québec.
Des législations ailleurs dans le monde commencent également à réglementer et punir le « proxénétisme 2.0 ».
En France, le Sénat a adopté en février dernier une loi visant à interdire l’achat de services sexuels virtuels personnalisés et à lutter contre le proxénétisme sur les plateformes comme OnlyFans.
Les contrevenants à cette nouvelle infraction, similaire à la traite des êtres humains, risquent un minimum de sept ans de prison et une amende de 150 000 euros (243 000 dollars canadiens) si les victimes sont des adultes.
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1 week ago
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