Pour exprimer sa joie de voir Québec se démarquer sur la scène gastronomique, le maire Bruno Marchand a déclaré jeudi : « On est fucking fiers ! ».
Plusieurs électeurs de Québec mais aussi d’ailleurs ont, comme moi, tiqué, ne trouvant pas très jolie cette manière de s’exprimer. Pourquoi blasphémer ? Mais, surtout, pourquoi en anglais ? En plus dans une ville qui s’enorgueillit de sa francité, au point de s’être autodésignée « L’Accent d’Amérique ».
« Ostie »
Il est rare qu’un de nos politiciens lâche un juron. Quand il ose, ça peut être par exaspération, excès d’enthousiasme, mais aussi par stratégie rhétorique, pour marquer les esprits.
Jean-François Lisée, par exemple : en 2016, en campagne à la chefferie du PQ, il avait annoncé que, s’il devenait premier ministre, il ne tiendrait PAS un référendum sur la souveraineté dans un premier mandat. Il garantissait toutefois un « ostie de bon gouvernement ».
Par après, Lisée avait révélé que sa mère lui avait reproché cet écart de langage. Sur le coup, Mme Lisée m’avait semblé avoir raison. Mais, une décennie (d’anglicisation galopante) plus tard, j’en viens presque à être attendri par la formulation de Lisée. À l’époque, « sacrer » à la québécoise allait de soi.
En 2026, dans les mêmes circonstances ? Gageons qu’un fucking aurait été convoqué.
Patrimonial
Nous avons pourtant une manière unique au monde de blasphémer. Qui, malheureusement, se perd. Ici aussi, on devient bêtement américain (donc on « sacre » avec le sexe).
Dans un guide touristique français des années 1980 (Au Québec, Hachette, 1985), j’avais noté une phrase démontrant l’aspect patrimonial de nos sacro-saints « sacres »: « Au pays de Charlebois, on manifeste sa désapprobation, sa colère, son étonnement, en invoquant le nom sacré du Seigneur ou en citant divers objets du culte avec l’accent du cru : le tabernacle, le ciboire, le calice, l’hostie deviennent, sur un mode fortement exclamatif, “Tabarnak !”, “Cibouère !”, “Kaliss !” et “Sti !” ».
En 1999, le chercheur en linguistique Éric Charette, s’étant penché sur la créativité des sacres, concluait ceci dans une entrevue qu’il m’avait accordée : le sacre « exprime la rage, la colère, la joie, certes, mais il ponctue aussi les phrases et, souvent, il se transforme en verbe. Reliquat curieux d’une époque révolue de catholicisme total, le sacre semble très vivant ».
Est-ce toujours le cas ?
Phoques
Je n’ai pas l’expertise pour affirmer que les phoques, en surpopulation grâce aux campagnes de Brigitte Bardot entre autres, menacent la morue, voire la biodiversité, comme le clament bien des habitants des Îles-de-la-Madeleine.
J’ai toutefois la conviction que la prolifération des fuck met la vitalité de notre français québécois à risque. Il faut donc, de toute urgence, lancer une grande chasse au fuck ! Je sais, le combat est donquichottesque, mais criss, résistons !
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1 week ago
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