Vous avez l’impression que la justice est devenue plus clémente ? Vous n’avez peut-être pas tort. Des milliers de criminels ont purgé leur peine à domicile l’an dernier, dont plusieurs agresseurs sexuels. Et de plus en plus d’hommes coupables de violence conjugale s’en sortent sans casier judiciaire. Ce dossier vous explique pourquoi avec des exemples éloquents de ce qu’on surnomme les « peines bonbons ».
« Si je meurs, je t’aime. » La mère d’une jeune fille qui a envoyé un texto prémonitoire avant de perdre la vie dans la voiture conduite par sa meilleure amie, saoule et roulant trois fois trop vite, croit que sa peine de prison à domicile ne reflète pas la gravité du drame.
« Je ne vois pas quelle leçon elle va tirer de ça. C’est l’équivalent de dire à un jeune qu’il peut boire et conduire sans permis parce que s’il tue quelqu’un, il va seulement écoper d’une peine à domicile », s’insurge Jolene Bear.
Sa fille Tsótewe Stacey a été tuée le 15 septembre 2023 dans une violente collision à Kahnawake, sur la Rive-Sud de Montréal.
La Couronne suggérait que Korallee Diabo, 20 ans, écope d’une sentence de cinq à six ans de pénitencier, insistant sur le fait qu’elle est une récidiviste de l’alcool au volant.
Mais Diabo s’en est plutôt sorti avec deux ans de détention à purger chez elle. Selon le juge Jean-Philippe Marcoux, imposer une longue incarcération à une jeune femme « à l’aube de sa vie » ne serait ni réparateur ni compensatoire pour la vie perdue.
Diabo avait perdu le contrôle de son véhicule dans une courbe et percuté un arbre. Une autre passagère a aussi été blessée.
Trois fois trop vite
Pendant la soirée, Diabo et l’autre passagère avaient pris le volant tour à tour.
Au moment de la collision, c’est Diabo qui conduisait. Elle roulait si vite qu’elle avait évité de justesse un véhicule qui arrivait à sens inverse.
Paniquées, ses amies lui avaient crié de ralentir, en vain.
« Elles conduisent comme de vraies malades. Alors si je meurs, je t’aime », a écrit Tsótewe Stacey à son copain.
Moins de deux minutes plus tard, elle a été tuée.
Au moment de l’impact, Diabo avait atteint la vitesse de 150 km/h dans une zone de 50.
Le taux d’alcool dans le sang de l’accusée dépassait la limite permise. Des canettes de bière consommées par le groupe avaient été retrouvées dans la voiture.
Mais ce qui choque le plus les proches de Tsotewe Stacey, c’est que la chauffarde n’aurait jamais dû se retrouver derrière un volant au moment du drame. Elle venait de se faire imposer un interdit de conduire d’un an en raison d’une condamnation pour conduite avec les facultés affaiblies.
Peu de remords
« On a eu des émotions mélangées parce qu’elle était sa meilleure amie. Alors, au début, j’avais pitié d’elle. Mais on a appris qu’elle a dit en cour n’éprouver qu’un peu de remords... Je ne comprends pas comment c’est possible », se désole Mme Bear.
Le juge Jean-Philippe Marcoux a reconnu que la lettre d’excuse de l’accusée, maintenant âgée de 20 ans, était teintée d’égocentrisme, mais il a estimé qu’elle porte malgré tout « le poids de la culpabilité ».
Selon lui, les problèmes d’alcool de l’accusée mohawk s’expliquent en partie par une exposition précoce à l’abus d’alcool dans sa famille, dans un contexte de « traumatismes intergénérationnels ».
Diabo a aussi reçu 30 jours de prison pour avoir conduit alors qu’elle n’avait pas le droit.
La décision a été portée en appel par le ministère public.
La Couronne était représentée par Me Kiran Ross, la défense par Adam Ginzburg.
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1 week ago
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