Le logement abordable est plus important que l’éducation pour l’électorat québécois en 2026. Il figure désormais parmi les trois enjeux les plus déterminants liés au choix de vote, alors qu’il ne se qualifiait même pas dans le top 10 lors des deux dernières élections provinciales. Comment expliquer cette nouvelle réalité au Québec ?
• À lire aussi : Voici pourquoi construire plus ne réglera pas la crise du logement
• À lire aussi : Crise du logement : les restrictions pour la location de courte durée freinent la hausse des loyers
« Depuis 2022, le loyer moyen au Québec a augmenté de 30 %. Et depuis 2018, on parle de 60 %. Ça en dit long sur la situation des locataires », lance la porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), Véronique Laflamme.
L’accès au logement abordable s’est détérioré à un rythme effréné en moins de 10 ans dans la province.
L’enjeu est tel qu’il influencera davantage le vote des électeurs (28 %) que l’éducation (18 %), selon les résultats d’un sondage Léger-Le Journal-TVA Nouvelles paru le 11 août dernier.
Le logement abordable figure aujourd’hui au troisième rang des priorités pour la population du Québec, derrière la santé (48 %) et le coût de la vie (42 %).
C’est la première fois — depuis les élections de 2018 et 2022, du moins — que l’enjeu se taille une place parmi les 10 plus importants pour les électeurs de la province, selon les rapports de Léger consultés par 24 heures.
La population en faveur du contrôle des loyers
Pourtant, la mise en place d’un contrôle gouvernemental des loyers ne semble au programme que d’un seul parti, soit Québec solidaire (QS), qui obtient à peine 10 % des intentions de vote.
« Ça ne fait pas partie de la volonté politique. Et ça ne serait même pas électoraliste comme mesure. Les trois quarts de la population sont en faveur du contrôle des loyers », fait valoir le coordonnateur du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), Benoit Rullier.
Un sondage Léger publié le 29 août lui donne raison : 74 % des Québécois appuient en effet « l’instauration d’un contrôle gouvernemental et d’un plafonnement sur l’augmentation du prix des loyers ».
« La crise du logement ne touche plus seulement les ménages vulnérables, mais aussi ceux de la classe moyenne », suggère le chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), Yaya Baumann.
« La majorité de l’électorat est de plus en plus concernée par la crise du logement. C’est juste normal que ça prenne autant d’importance pour les électeurs », résume-t-il.
Détérioration alarmante
En avril dernier, plus de 120 organisations ont uni leurs forces pour créer la Coalition contre le logement cher (COLOC). Le mouvement, coordonné par le FRAPRU et le RCLALQ, porte trois revendications :
- Le développement massif du logement social ;
- La reconnaissance du droit au logement dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec ;
- Le réel contrôle des loyers.
« On constate malgré tout qu’il y a une tendance forte à ne pas vouloir parler du contrôle des loyers dans la campagne, même si les preuves de hausses abusives s’accumulent », déplore Benoit Rullier, du RCLALQ.
Une nouvelle étude de Léger commandée par Vivre en Ville rapportait mercredi « une détérioration alarmante » de la qualité de vie des locataires.
Depuis 2023, le loyer moyen au Québec a bondi de 243 $ par mois — soit près de 3000 $ par année —, et la proportion de logements abordables s’est effritée au même rythme.
Il y a trois ans, 75 % des loyers étaient inférieurs à 1100 $ par mois. En 2026, ce taux a chuté à 56 %.
« Depuis toujours, les partis qui prennent le pouvoir sont des gouvernements de propriétaires et locateurs, et ils ont peur de se mettre à dos certains de leurs électeurs », estime M. Rullier.
Il rappelle que 40 % de la population québécoise est locataire, devant moins de 2 % de propriétaires/locateurs.
Des solutions concrètes, mais ignorées
Les solutions à la crise du logement sont pourtant connues depuis longtemps au Québec.
Benoit Rullier cite notamment la fameuse clause G du bail résidentiel : une section obligatoire à laquelle le propriétaire doit inscrire le loyer le plus bas payé au cours des 12 derniers mois précédant le début du bail.
• À lire aussi : Mieux comprendre votre bail : on vous explique la clause G
« Elle n’est remplie que par 20 % des propriétaires et très peu sont punis lorsqu’ils refusent de dévoiler le prix de l’ancien loyer ou que le montant inscrit est faux », signale le coordonnateur du RCLALQ.
Devant l’inefficacité de la clause G, il croit que la solution passe inévitablement par un registre des loyers universel.
Le gouvernement du Québec juge toutefois que sa mise en place coûterait trop cher à l’État : 70 millions $ pour bâtir le site, puis 20 millions $ par année pour le maintenir.
Vivre en Ville a pourtant démontré le contraire.
Le registre de l’organisme lancé en mai 2023 a été construit grâce à un financement fédéral de 2,5 millions $. L’idée était qu’il soit repris clé en main par Québec. Près de 95 000 loyers y sont aujourd’hui enregistrés.
• À lire aussi : Allez inscrire votre appartement au Registre des loyers de Vivre en Ville
Le logement : la base de la sécurité
Le chercheur à l’IRIS Yaya Baumann n’est pas surpris que l’enjeu du logement abordable dépasse maintenant celui de l’éducation pour l’électorat québécois.
« Les médias couvrent très bien la crise du logement depuis plusieurs années. Le public est régulièrement exposé aux histoires de personnes qui en sont victimes et aux solutions concrètes qui peuvent la freiner », explique-t-il.
« On a tellement le contrôle sur le prix du logement, qui est la base de la sécurité avec l’alimentation. C’est normal que les gens s’en préoccupent plus, car ils savent que les outils sont à portée de main », précise Benoit Rullier, du RCLALQ.
• À lire aussi : Registre des loyers : les locataires n’inscrivent pas leur logement par peur de représailles
Véronique Laflamme, du FRAPRU, rappelle quant à elle que le mal-logement a aussi des conséquences sur toutes les sphères de la vie, dont la santé et l’éducation.
« Des gens vont reporter leur projet d’études parce qu’ils ont de la difficulté à payer leur loyer », illustre-t-elle.
« Il y a un coût social à l’inabordabilité du logement, et ce sont des économies de bouts de chandelle de ne pas vouloir s’attaquer directement au problème. Les partis doivent prendre des engagements clairs et garantir qu’ils seront mis en place dès le jour un du mandat du prochain gouvernement », conclut Mme Laflamme.
.png)
1 week ago
5
















Bengali (BD) ·
English (US) ·