Installé à une table de son centre d’amusement Tag E-Karting dans une longue et intéressante entrevue, Le Journal a posé une question directe à Alex Tagliani. « À quand le prochain pilote québécois en NASCAR, formule Indy ou F1? » Tag a poussé un long soupir.
« C’est une méchante bonne question », réplique-t-il après un bon moment de réflexion.
« Elle est compliquée, parce qu’il ne faut pas juste regarder qui est talentueux et ce qu’on a pour les développer. Il faut ramener le sport automobile à l’avant-plan au Québec », croit-il.
Le temps des Villeneuve, Carpentier, Tagliani, Godin, Bourbonnais et compagnie est révolu. Dans les années 1990 et 2000, les séries grouillaient de pilotes de la Belle Province, notamment grâce au programme Player’s. Depuis, c’est le calme.
Deux représentants
Bon, il y a le Montréalais Lance Stroll qui tourne en F1 depuis 2017. Depuis 2018, il pilote l’un des deux bolides de son paternel qui a repris l’écurie Force India, cet été-là, pour en faire Aston Martin en 2021.
En Europe, le Québécois Raphaël Lessard se trouve derrière le volant d’une écurie de la série NASCAR.
Après ?
Le néant. Jusqu’à la série NASCAR Canada où une dizaine de Québécois ont un volant régulier.
Système défectueux
Le problème, c’est qu’après le karting au Québec, la courroie de développement en compétition est rompue, estiment Tag et Patrick Carpentier. Les séries d’autrefois pour grimper les échelons jusqu’à l’Indycar et autres formules ont disparu.
« En ce moment, au Canada et en Amérique, c’est impossible de monter, car il n’y a plus rien. Pour se rendre en Indy, il faut passer par les États-Unis en se faisant connaître et en dépensant une fortune, explique Carpentier. En F1, ça passe par les formules roulant en Europe. Et là, ça prend énormément d’argent. »
Selon lui, le système de courses est à rebâtir chez nous. Depuis la « filière » Player’s, le programme de développement des pilotes est laissé à lui-même.
« Il y a une grosse tristesse derrière tout ça, explique celui qui a pris sa retraite en 2016. Il manque de formation et de séries pour permettre aux jeunes de monter. »
« Les Ontariens, les Américains, les Italiens ou les Allemands, eux, ils ont des courses. Nous, excluant le GP du Canada, on a le Grand Prix de Trois-Rivières. Après, rien d’autre. C’est difficile de convaincre des commanditaires de nous supporter, parce qu’ils n’ont pas de visibilité. »
Exemple australien
Pour exprimer son argument, Tagliani cite l’exemple de la série V8 Supercars d’Australie, hyper populaire et attirant de précieux commanditaires pour les 30 bagnoles de la grille.
« Là-bas, le pilote de karting rêve de rejoindre la série V8, parce que le budget est là et ça marche. La population de l’Australie est plus petite que celle du Canada. On ne viendra pas me dire, selon les ventes, que Red Bull peut mettre 2,5 M$ en commandites sur un char V8 tandis qu’il ne veut pas mettre 200 000 $ ici au Canada, dit-il dans son envolée.
« Red Bull en vend des canettes dans tous les dépanneurs et épiceries du pays. On peut bien aller les voir pour les convaincre de mettre le logo sur un char de NASCAR Canada, ça n’arrivera pas, pense Tagliani. Ça ne me rentre pas dans la tête. »
À revoir ici
Selon lui, la série NASCAR Canada est perçue comme un championnat secondaire aux trois séries américaines (Cup, Xfinity et Truck).
« Ça devrait être notre série de prédilection où aller courir avec tous les grands pilotes canadiens, insiste-t-il. Il faudrait bâtir l’attention et que les pilotes aient la volonté de la rejoindre plutôt que de regarder ailleurs. Là il y aurait des investisseurs.
« En la considérant comme une série de soutien à l’échelle américaine, on ne se rend pas service. J’essaie de prouver que le GP de Trois-Rivières est capable de faire des activités intéressantes pour les entreprises, les clients et les fournisseurs pour éduquer les gens comme Player’s le faisait dans le temps. Ça crée de l’intérêt et des investissements. »
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