«Cohabiter» avec la misère humaine mène à sa banalisation

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La montée en flèche de l’itinérance à travers le Québec depuis plusieurs années déjà est une véritable crise humanitaire. Les décideurs politiques, tous paliers confondus, ont préféré toutefois des interventions à courte vue.

On attend d’ailleurs toujours une politique nationale proactive visant à loger les personnes itinérantes pour les « accompagner », une fois qu’elles auront un toit sur la tête.

Résultat : « officiellement », plus de 10 000 hommes et femmes au Québec vivent sans domicile fixe. Sans compter toutes les personnes qui, bien plus nombreuses encore, vivent une itinérance dite invisible.

En plus de la souffrance physique, psychique et financière dont elles sont victimes dans une société pourtant riche, selon une étude du centre interuniversitaire de recherche CIRANO, chacune d’entre elles coûterait 77 600 $ par année en fonds publics pour des mesures surtout palliatives.

C’est près d’un milliard de dollars par année sans que l’on mette fin pour autant à l’itinérance au Québec. Cherchez l’erreur.

Le refus du gouvernement caquiste d’imposer un contrôle des loyers et d’investir massivement dans la construction de logements hors marché étant l’un des facteurs majeurs qui précipitent de plus en plus de Québécois à la rue.

Le tournant qui ne cesse d’aggraver cette crise fut également atteint lorsque les décideurs politiques, de toute évidence dépassés, ont jugé bon qu’il fallait « cohabiter » dorénavant avec l’itinérance.

Le piège de la « cohabitation »

Sous des apparences lénifiantes de « bienveillance », leur invitation à « cohabiter » avec l’inacceptable était en fait un double aveu d’échec et de déresponsabilisation.

Car décider qu’il faut « cohabiter » avec l’itinérance, y compris avec des campements qui se pérennisent, mène à l’accepter, la banaliser et la normaliser. Quitte à oublier les visages humains derrière la crise.

C’est pourquoi cette doctrine de la « cohabitation » fut une erreur grave dès le début. Il aurait fallu des actions déterminées visant à empêcher de laisser foisonner dans nos rues une telle misère humaine à ciel ouvert.

Maintenant qu’à force de « cohabiter », cette même misère atteint des niveaux inégalés dans l’histoire moderne du Québec, l’ex-première ministre Pauline Marois propose la tenue d’un sommet sur l’itinérance.

Enjeu incontournable

Que l’on songe à s’en préoccuper de manière transpartisane est louable. Mais si sommet il doit y avoir, il devrait porter plus largement sur la crise alarmante du logement, dont découle en bonne partie la flambée ahurissante de l’itinérance.

La réalité est que la crise du logement affecte des centaines de milliers de Québécois, dont plus d’un tiers, pris à la gorge par des loyers trop chers, doivent même s’endetter pour se nourrir.

Les femmes et les hommes sans toit sont les plus perdants parmi tous ces perdants. C’est pourquoi le logement doit être un enjeu important de la prochaine campagne électorale.

Je l’écris et le redis depuis des années : l’attentisme face aux sacro-saintes lois du « libre marché » n’est tout simplement pas une option viable.

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