OTTAWA | Mark Carney a été chanceux dans sa malchance avec l’échec des négociations avec Washington, à quelques jours de l’élection partielle dans Chicoutimi–Le Fjord.
L’escalade tarifaire et diplomatique replonge le Canada dans le sentiment d’urgence qui s’était quelque peu dissipé au cours de la dernière année et qui avait propulsé l’ex-banquier au pouvoir.
La colère des Canadiens envers l’administration américaine est revenue en force dans la dernière semaine et, pour l’instant, Mark Carney semble en tirer profit.
Plus des trois quarts des Canadiens estiment qu’il a eu raison de claquer la porte des négociations.
Au Québec, seulement 15 % des répondants jugent qu’Ottawa a fait le mauvais choix.
À Chicoutimi, un sondage pointe maintenant vers une course à deux entre le Bloc Québécois et les libéraux.
Les conservateurs sont relégués loin au troisième rang, alors qu’un coup de sonde réalisé en début de campagne indiquait une égalité statistique entre les trois partis.
L’échec des négociations épargne aussi au candidat libéral, Daniel Gobeil, un angle d’attaque potentiellement dangereux sur la gestion de l’offre.
Ottawa avait reconnu être prêt à modifier certaines règles administratives entourant l’accès des produits laitiers américains au marché canadien, sans toutefois toucher aux quotas ou aux tarifs.
Lui-même producteur laitier et ancien président des Producteurs de lait du Québec, Daniel Gobeil aurait dû défendre toute concession formellement inscrite dans une entente face aux attaques du Bloc et des conservateurs.
Les premiers indicateurs sont donc encourageants pour Mark Carney, omniprésent sur les affiches électorales au Saguenay. Mais le seul sondage qui compte aura lieu lundi.
Les libéraux ont d’ailleurs joué habilement de leur contrôle du calendrier pour maximiser leurs chances de conquérir cette circonscription francophone en région, loin de leurs bastions habituels.
Carney a d’abord nommé au Sénat le député conservateur Richard Martel, provoquant la partielle.
Il a ensuite déclenché simultanément deux autres partielles dans des circonscriptions largement favorables aux libéraux, en Ontario et en Colombie-Britannique.
Cette décision donne au PLC une marge de manœuvre financière beaucoup plus importante que celle du Bloc, son principal adversaire à Chicoutimi.
Les règles électorales permettent en effet au Parti libéral de répartir jusqu’à 325 000 $ de dépenses partisanes entre les trois circonscriptions, contre seulement 100 000 $ pour le Bloc.
Malgré cet avantage, rien n’est joué.
Mais selon les sondages, les conservateurs de Pierre Poilievre pourraient très bien se réveiller mardi matin avec un siège en moins au Québec.
Même avec une vedette locale comme Richard Martel, ils n’avaient conservé Chicoutimi–Le Fjord que de justesse en 2025.
Les électeurs de la circonscription comptent d’ailleurs parmi les moins fidèles à une couleur politique : depuis 20 ans, ils ont élu tour à tour des députés bloquistes, néo-démocrates, libéraux et conservateurs.
Cette partielle devient donc un véritable laboratoire politique.
Mark Carney y testera sa percée dans le Québec francophone régional, Pierre Poilievre, la profondeur du vote conservateur sans Richard Martel, et Yves-François Blanchet, sa capacité à profiter de l’élan nationaliste au Saguenay.
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5 days ago
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