Les Québécois sont sur le point de découvrir que le made in China n’est plus synonyme de piètre qualité, du moins en matière d’automobiles. Alors que les constructeurs de véhicules électriques chinois préparent leur arrivée au Canada, Le Journal s’est rendu chez eux pour mieux saisir ce qui nous attend.
WUHU, Chine | Tout le monde connaît Ford, Volkswagen, Toyota et Hyundai. Mais Chery ? C’est pourtant le plus grand exportateur de véhicules de Chine, et le Canada est le prochain pays sur sa liste. Le Journal a eu droit à une rare visite de ses gigantesques installations.
En ce lundi matin de mai, le stationnement du siège social de Chery est plein à craquer.
Les mobylettes électriques côtoient les véhicules Chery qui donnent un aperçu de la variété de ses modèles, de la compacte électrique abordable au VUS de luxe
Devant nous, des bâtiments vitrés modernes font face à un lac artificiel où se prélassent des cygnes, comme chez une multinationale de la Silicon Valley.
Sauf que Le Journal n’est pas en Californie, mais à Wuhu, en Chine, une « petite » ville chinoise de 3,6 millions d’habitants avec plus de 2000 ans d’histoire.
C’est la ville de Wuhu et la province d’Anhui qui ont investi dans la fondation de Chery comme entreprise publique en 1997, avant qu’elle ne devienne « le » leader chinois de l’exportation de véhicules (à essence, hybrides et électriques confondus).
Un peu comme si Trois-Rivières et la Mauricie avaient décidé de financer une compagnie automobile et qu’elle rivalisait aujourd’hui avec les plus grands.
Après plusieurs mois de démarches, Chery a finalement accepté de recevoir Le Journal pour une visite de ses installations.
Notre journaliste a donc fait plus de 11 000 kilomètres jusqu’à Wuhu pour mieux connaître cette entreprise ambitieuse qui lorgne le Canada (et le Québec) pour ses plans d’expansion.
10 voitures pour commencer
Le succès de Chery à l’étranger a commencé plus que modestement.
En 2001, un homme d’affaires syrien a convaincu la marque de le laisser vendre 10 véhicules dans son pays d’origine.
« Le reste appartient à l’histoire », nous dit la guide qui nous fait visiter le petit musée de l’entreprise qui compte aujourd’hui 130 000 employés.
L’an dernier, Chery a exporté plus de 1,3 million de véhicules, soit environ la moitié de sa production totale et plus que tout autre constructeur chinois (BYD est en tête pour les exportations de véhicules électriques seulement).
La marque est présente dans plus de 130 pays, dont le Mexique, la Norvège, l’Afrique du Sud, l’Australie et le Brésil.
Cette stratégie d’exportation de Chery s’est révélée payante alors que plusieurs constructeurs chinois se battent pour des ventes de véhicules stagnantes sur le marché domestique.
« Ils ont anticipé un goulot d’étranglement en Chine, alors ils sont allés à l’étranger avant tout le monde. Ils ont été très visionnaires là-dessus », estime en entrevue Alex Miklosi, un designer canadien qui a travaillé 10 ans pour la marque.
Chery est aujourd’hui une entreprise cotée en Bourse qui figure au 233e rang du classement Fortune 500 et qui appartient à la fois à des intérêts publics et privés.
Malgré les succès commerciaux du fabricant, ses représentants sont restés extrêmement prudents, pour ne pas dire frileux, pendant notre visite. Toute information concernant le marché canadien a été limitée au strict minimum.
Des hybrides et des VUS
Pour les Chinois, Chery (奇瑞, qui se prononce « Qíruì ») a longtemps traîné une réputation de marque de région abordable et grand public, mais peu raffinée.
Alex Miklosi la compare en partie à Chevrolet, qui fabrique une large gamme de véhicules sans être considérée comme premium pour autant.
À ses débuts, Chery a aussi eu des ennuis en justice avec General Motors pour des questions de plagiat et de propriété intellectuelle.
L’une de ses créations ressemblait un peu trop au Chevrolet Spark au goût de GM (Chevrolet appartient à GM). Le litige s’est réglé hors cours.
Depuis, le constructeur chinois a ouvert des studios de design à Paris et à Francfort pour tenter de forger sa propre image.
La salle de montre de Chery International qu’on nous fait visiter met en évidence son pari sur le haut de gamme, la technologie hybride et les véhicules utilitaires sport.
Derrière le Jaecoo, un VUS qualifié « d’aventurier » (voir notre essai routier), Le Journal croit d’ailleurs reconnaître les Rocheuses en fond d’écran.
« Quelque chose de gros »
Bien que les plans d’expansion de Chery au Canada étaient dans l’air depuis longtemps, c’est l’entente entre Xi Jinping et Mark Carney en janvier qui a fait débloquer le projet.
« À partir de là, on s’est dit : “OK, on a la même vision. On veut faire quelque chose de gros au Canada” », raconte Ken Wang, le directeur du développement pour le Canada, rencontré à Wuhu.
Depuis le début de l’année, Chery a déjà embauché un directeur de marque en sol canadien et même fait conduire l’une de ses hybrides au sénateur Clément Gignac sur la colline Parlementaire, à Ottawa, en février.
À quoi pourraient ressembler les investissements de l’entreprise pour s’établir durablement au Canada ? « Tout est possible, mais rien n’a encore été décidé », répond prudemment Ken Wang.
Dans tous les cas, Chery est ouvert aux partenariats et songe à moderniser une usine de production désaffectée, possiblement en Ontario.
(En Europe, son approche a été de collaborer avec une marque espagnole pour acquérir sa première usine européenne, qui appartenait anciennement à Nissan, et la reconvertir.)
Chez nous, Chery espère vendre ses premiers véhicules cet hiver, en raison des délais d’homologation à Transports Canada et des efforts nécessaires pour s’installer dans un nouveau marché.
« On ne pense pas se limiter à une province pour commencer », affirme M. Wang.
Avec le plus haut taux d’adoption de véhicules électriques au pays, le Québec est bien entendu sur son radar.
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1 week ago
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