Dans un contexte marqué par la polarisation, la compétition des enjeux et une confiance fragilisée à l’égard des institutions et des médias, la science est souvent reléguée au second plan dans la prise de décision des élus. Une réalité qui doit nous préoccuper.
Dans ce contexte où tout est sens dessus dessous, comment ramener la science au centre des débats afin de prendre les meilleures décisions, non pas dans une vision à court, mais bien à moyen et long terme ?
C’est la discussion fort pertinente à laquelle on m’a invitée à participer dans le cadre du 93e congrès de l’ACFAS, aujourd’hui à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
Parmi les autres intervenants se trouvent le député fédéral Steven Guilbeault ; Éric Théroux, expert en résidence à l’ENAP ; Annie Levasseur, professeure à l’École de technologie supérieure ; Jean Lemire, émissaire climatique du Québec, et le professeur Alain Webster, président du Comité consultatif sur les changements climatiques.
Tel que le souligne M. Webster, « comme pour toutes les transformations sociales, (...) par exemple l’usage du tabac ou le port de la ceinture de sécurité, l’enjeu des changements climatiques et de la transition énergétique provoque des débats et c’est difficile ».
Mais la clé, plaide ce professeur, consiste à faire ressortir les points positifs de la lutte contre les changements climatiques.
En résumé, plus on attend, et plus ça coûte cher. On le voit déjà très bien sur la scène municipale au Québec, où les villes croulent sous les coûts d’infrastructures dus aux catastrophes climatiques.
Inquiétants reculs
Or sous l’influence de Donald Trump, la question climatique est devenue plus que jamais politique, alors que ce n’était pas du tout le cas il y a moins de 40 ans.
En 1988, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été créé sous l’impulsion de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, deux figures pourtant très conservatrices. Tous s’entendaient sur l’urgence d’agir.
Et l’urgence n’a pas diminué, bien au contraire.
En 2024, au Québec, la température moyenne dépassait de près de 4 degrés Celsius celle du siècle dernier, comme l’a rappelé le Comité consultatif sur les changements climatiques dans son avis de janvier dernier.
Ce comité indépendant, créé par le gouvernement Legault, a recommandé dans cet avis un maintien de la cible de 37,5 % de réduction des gaz à effet de serre pour 2030, au Québec, avec l’introduction d’une cible de carboneutralité pour 2045.
Or le ministre Bernard Drainville a plutôt reporté cette cible de cinq ans, prétextant l’incertitude économique. Un mauvais choix qui équivaut à pelleter dans la cour des générations futures, ont dénoncé plusieurs experts et organismes environnementaux.
Choix illogiques
Autre exemple, à Québec, le gouvernement continue de pousser le dossier du troisième lien, même si le projet n’atteint pas les objectifs recherchés au départ, soit de diminuer la congestion routière.
Pourtant, le déficit cumulé pour l’entretien des routes au Québec explose, à 24,5 milliards.
L’exploitation des gaz de schiste est par ailleurs revenue dans les discours politiques, au Québec.
On croyait pourtant la porte fermée à double tour, surtout que le Québec dispose de toutes les ressources pour s’illustrer en champion de la transition énergétique.
On observe les mêmes reculs sur la scène fédérale, où le gouvernement Carney cherche à faciliter la réalisation de projets de pipeline.
« Mais je reste optimiste, souligne Alain Webster, car même si on le vent dans la face, il y a eu d’immenses progrès et les gens, au Québec, sont conscients des enjeux. »
La discussion s’annonce fort intéressante.
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1 week ago
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