Salut Bonjour, chers lecteurs. Alors que les enseignants du Québec entament la dernière ligne droite de l’année scolaire, nous voulons leur rendre hommage.
Les enseignants transforment des vies. Leurs apprentissages, leurs personnalités inspirent et poussent nos jeunes à se surpasser. Ils sont souvent les premiers à déceler les forces et les qualités de nos enfants, et trouvent toujours des façons de faire éclore leurs talents. C’est pourquoi Salut Bonjour et le Salut Bonjour Magazine lancent un grand concours pour célébrer les professeurs qui ont marqué votre parcours.
Pour participer au concours et soumettre la candidature de cet enseignant qui a changé votre vie, rendez-vous sur SB Privilèges.
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Jouer à la maîtresse
Retour en arrière. On est à Arvida, au Saguenay. J’ai 7 ou 8 ans. Je ne sais pas trop comment, mais mes parents ont déniché un tableau vert sur roulettes. On l’a installé au sous-sol. J’ai un bureau, une chaise, un paquet de craies blanches et un porte-craie en métal qui ressemble à un gros crayon. On appuie sur le bout, des dents s’écartent, on glisse la craie dedans. Je connais bien l’outil ; ma prof de deuxième année, Rolande, en avait un. Ma prof de première année, Dolorès, aussi.
J’aimais beaucoup Dolorès. J’aimais lui tenir la main dans la cour de récré de l’école primaire Notre-Dame-du-Sourire. Dans son autre main, Dolorès tenait sa cigarette. Ben oui, c’était comme ça. Les profs fumaient à la récréation pendant que les enfants jouaient au ballon prisonnier.
Revenons à ce qui se passe dans mon sous-sol avec mon tableau vert. Je joue au professeur. J’ai six élèves imaginaires, des peluches et quelques poupées, assis devant moi. Chaque élève a ses forces et ses faiblesses. Comme enseignante, je donne des dictées. Je prends des textes dans mes livres d’histoire et je les lis à haute voix : « Martine se promène dans son jardin virgule elle regarde les oiseaux point. » Je joue au prof, alors je dois faire des corrections. Mes six élèves vont écrire six dictées. Dans ma classe imaginaire, il y a une première de classe, elle ne fait jamais de fautes. Je prends mon stylo rouge et j’inscris un gros TB dans la marge. Ça veut dire « très bien. » Mais certains élèves ont plus de mal. On devra revoir quelques mots ensemble.
Une vocation qui germe
Je ne saurais dire combien d’heures j’ai passé à jouer à la prof dans mon sous-sol. Je mettais même de vieilles lunettes sur le bout de mon nez pour me donner un air sérieux. L’idée de devenir enseignante m’a d’ailleurs longtemps habitée. C’est vraiment en 4e année du primaire que j’ai réalisé l’impact qu’un enseignant ou une enseignante pouvait avoir sur nous.
Ma prof s’appelait Pâquerette Allard. Je me souviens encore de son écriture au tableau, la façon dont elle formait ses lettres m’avait marqué. Mais ce dont je garde le meilleur souvenir, c’est des activités qu’elle proposait pour nous faire apprendre. Elle organisait des duels de tables de multiplication ou de culture générale : deux élèves côte à côte, et chaque bonne réponse te faisait avancer d’un pas. Le premier à traverser la classe avait gagné. Dans ce temps-là, je connaissais mes tables par coeur, et je lisais beaucoup sur des sujets du genre « Génie en Herbe » alors il m’arrivait souvent de traverser la classe avant tout le monde.
Pâquerette tenait à ce qu’on emploie les termes justes, les expressions appropriées. Elle nous corrigeait régulièrement. J’appréciais cette rigueur, je m’épanouissais dans cet environnement où le travail était véritablement valorisé. L’effort en valait la peine.
À l’école secondaire du quartier, il existait des cours au « professionnel », comme on les appelait. Des élèves de secondaire 4 et 5 y apprenaient les métiers de la restauration dans un restaurant école nommé La Pomme d’Api. Pâquerette invitait ses élèves méritants par groupes de quatre pour dîner dans cet établissement. On y apprenait les bonnes manières, comment s’adresser au personnel et comment commander son repas. C’était à la fois plaisant et pédagogique. Je ne sais toujours pas qui réglait l’addition. Étaient-ce nos parents ? La direction de l’école ? Pâquerette elle-même ? La question reste entière. Ce que je sais, par contre, c’est que tous les élèves de la classe, même les plus tannants, ont fini par accompagner Pâquerette au restaurant. Elle estimait que les efforts de chacun méritaient d’être récompensés.
Un jour, j’ai reçu une enveloppe à la salle des nouvelles de TVA Québec où je travaillais. J’ai ouvert la carte et j’ai reconnu la main d’écriture de Pâquerette. Elle disait qu’elle était fière de voir mes reportages à la télé et elle me souhaitait le meilleur pour la suite. Je n’ai jamais revu mon enseignante de 4e année, mais je sais qu’elle a suivi ma carrière.
Célébrons nos enseignants
J’ai eu la chance d’aimer l’école. La chance, aussi, d’avoir de bons profs ; je me souviens de presque tous. Je me souviens des enseignantes et enseignants qui ont croisé le chemin de ma fille. Pour la mère monoparentale que j’étais, ils ont été de véritables alliés.
C’est sur cette note que je veux terminer. Soyons des alliés de nos profs. Allons les rencontrer à l’école, lors des soirées de parents. Soutenons-les dans leur travail. Formons une équipe avec eux. Parce que leur influence sur nos jeunes est réelle, profonde, durable. Pensez à vos bons profs et célébrez ceux qui ont choisi ce merveilleux métier.
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1 week ago
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