Des menaces et un appel au boycottage dont ont été victimes un cinéma et une librairie de Québec ces derniers jours rappellent l’importance des discussions et des réflexions éclairées dans notre société.
Un bref rappel des faits. Le cinéma Cartier a dû annuler une représentation du film Génération trans, qui devait avoir lieu ce jeudi, après que des employés eurent reçu des menaces.
Dans son documentaire indépendant, le réalisateur Jean-Pierre Roy questionne l’autonomie des jeunes de 14 à 18 ans de même que le cadre médical et psychologique lorsque des transitions de genre sont effectuées au Québec.
Puis, la librairie La Liberté a été la cible de menaces de boycottage après avoir accueilli le lancement du livre politique d’Éric Duhaime, Destination autonomie.
Une question de choix
En ce qui concerne le film, basé sur de nombreux témoignages, ces questions devraient pouvoir être posées librement, qu’on soit d’accord ou non avec le principe.
Le sujet peut être très sensible, j’en conviens, mais il doit pouvoir faire l’objet de discussions.
Quant au lancement du livre de M. Duhaime, je ne comprends pas cette frustration qui a poussé des gens, et même une professeure de cégep, à appeler au boycottage.
Je le précise d’emblée, je ne suis absolument pas d’accord avec les idées conservatrices et autonomistes d’Éric Duhaime dans leur ensemble.
Son attitude belliqueuse, et le fait qu’il soit le produit d’une radio privée de Québec où on insulte et ridiculise à tout vent, ne m’inspirent par ailleurs rien qui vaille. Ça ne correspond pas à mes valeurs.
Sauf que chacun a le droit de décider s’il achètera le livre ou non, et s’il adhère ou non à ces idées.
Une librairie organise de nombreux lancements de livres, à la demande d’auteurs et de maisons d’édition. Ça fait partie de sa mission.
J’ai moi-même eu la chance d’organiser l’un des miens dans cette librairie indépendante, une entreprise familiale de Québec qui existe depuis 1945.
Je mentionne que j’ai eu « la chance », car les gens y sont dévoués, chaleureux et passionnés. J’y ai aussi animé, à la demande du Septentrion, le lancement du livre Les lignes de parti au Québec, écrit par Alexandre Dumas, historien et militant de gauche.
Sur le plan politique, les idées de M. Dumas s’inscrivent résolument à l’autre bout du spectre par rapport à M. Duhaime et je n’y adhère d’ailleurs pas davantage. Mais cela démontre que la librairie La Liberté est bel et bien un espace ouvert à toutes les idées, comme la direction l’a fait valoir sur Facebook.
Pour en revenir au livre de M. Duhaime, il ne s’agit pas d’un ouvrage où il lancerait un appel à la haine ou à la violence, au racisme. Dans un tel cas, j’aurais pu comprendre l’indignation.
« Une librairie qui choisit quelles idées ont le droit d’être présentées n’est plus un espace de liberté », a écrit l’entreprise sur Facebook.
Je suis d’accord, mais dans les limites que je viens de mentionner. Et le fait d’accueillir un lancement ne signifie pas qu’on adhère pour autant aux idées de l’auteur.
Les relations humaines se détériorent, avec l’hyperconnexion et les réseaux sociaux qui favorisent la polarisation. Mais la capacité à discuter et à argumenter paisiblement doit continuer d’avoir sa place. Ça devient une question de survie.
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1 week ago
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